– Mémoires de dictatures – 4

ENTRETIEN R.SCHWOK

3ème partie

René Schwok, titulaire de la Chaire Jean Monnet «Union européenne: politique et institutions» à l’Institut européen à Genève. Il enseigne également au Département de science politique.

Portugal, Espagne, Grèce; divers aspects de l’autoritarisme.

– Chose assez troublante, on a un droit de vote, on a une capacité à voter sur beaucoup de choses, et on a quand même que la participation au vote diminue de façon notable, alors qu’en même temps pullulent des associations pour la nature, pour son immeuble, sur son quartier, ce qui est aussi une forme de démocratie. Est-ce que ce sont les formes qui ne correspondent plus?

On peut tordre le cou, en tout cas en Suisse, que la participation au vote diminue. La participation ne diminue plus. Elle est stabilisée aux environs de 50%. Le vote par correspondance y est peut-être pour beaucoup.

Mais pourquoi ne pas s’adapter aux nouveaux médias!

En Europe occidentale, et aussi centrale et orientale, si les enjeux sont importants, le taux de participation est fort. Donc ce sont quand même les enjeux qui déterminent le taux de participation. Et même en Suisse, si il y a un référendum qui interpelle les gens, on voit une certaine mobilisation et un taux de participation de plus de 50%. Donc il y a un tout petit peu un mythe de la baisse d’intérêt des gens pour la politique.

Pour ce qui est des autres modes de participation, effectivement, de démocraties plus actives et plus participatives qui ne passent pas forcément par le parlementarisme ou par le référendum. Ce sont aussi des éléments de démocratie, de lutte contre les possibilités de dictatures.

Cela rend le métier plus difficile, mais ça permet d’offrir des champs de recherches nouveaux. Des collègues travaillent sur la participation citoyenne, sur des associations non directement politiques, ou aussi la participation à des mouvements sociaux ainsi que des autres aspects non mentionnés.

– Les techniques, Internet, il est curieux de se dire qu’au fond, l’organisation de la société est affectée par ce qui est une technique.

Mais c’est aussi pour ça qu’il est possible d’avoir un Parlement européen. Si nous étions au XIXème siècle et que le Roumain du fond de la Mer Noire vienne à Bruxelles pour voter, en calèche, ce ne serait pas possible. Donc il faut des connexions qui fonctionnent, des avions, il faut Internet et d’autres techniques modernes qui permettent le développement de la démocratie.

– L’autorité dans l’exercice du pouvoir, on pourrait transposer par exemple l’entreprise, l’université, est-ce que globalement, les rapports entre les hommes ont changé? Qu’on accepte plus certains types de relations?

Il est probable que nous ayons limité notre type d’interventions au pouvoir politique traditionnel; Etat, commune, cantons quand il y a des cantons, et on a pas parlé des limites de la démocratie. On a un peu enjolivé la démocratie dans nos sociétés. On a enjolivé la démocratie par rapport au passé. Mais tout n’est pas parfait en matière de démocratie. Il y a encore beaucoup de choses à améliorer en politique pure. Mais sur l’entreprise, sur l’université ou sur la radio, on a pas tellement avancé.

Le discours de 1968 en matière de démocratie et de transparence des entreprises était beaucoup plus avancé qu’aujourd’hui.

L’impression générale est d’aller vers une auto-gestion, même une cogestion ou une information plus grande que ce qu’on avait dans les années 1960. On a plutôt régressé.

Si on prend la loi sur l’université de Genève, elle a plutôt régressé par rapport à la précédente. Tant bien même que Madame Dreifuss était à la tête de la Commission et a présenté la nouvelle loi sur les universités qui est aujourd’hui en vigueur.

Il y avait plus de conseils participatifs dans l’ancienne loi que dans la nouvelle. Aujourd’hui, on a renforcé le pouvoir du rectorat, par exemple.

Donc on ne va pas vers plus de démocratie et de transparence.

On ne peut pas attendre autant de démocratie dans une entreprise que dans la société publique. On ne va pas demander à chaque employé son avis sur chaque décision.

Mais il y a moins de conseils participatifs qu’avant, et il y a beaucoup d’efforts de la part de toutes les directions pour distiller le moins d’informations possibles. Alors même qu’on est dans une époque où il est très facile de distiller l’information. Il y a un grand effort pour ne pas être transparent.

C’est ce que fait l’association ETHOS en matière économique, bancaire, pour forcer les entreprises privées à donner plus d’informations sur leur fonctionnement, leur mode de redistribution des revenus, etc.. Ils y arrivent avec un certain succès, avec des méthodes, qui ne sont d’ailleurs pas du tout des méthodes de gauche, mais des méthodes de droite, en acquérant des actions de ces sociétés pour pouvoir participer aux assemblées générales et essayer d’avoir une certaine influence et forcer à plus de transparence, plus d’informations.

Les associations comme ETHOS ne demandent pas à participer aux prises de décisions, mais qu’il y ait plus de transparence. Et les directions rendent des comptes aux actionnaires et à la société en général.

 

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