– Mémoires de dictatures-11-portugal

ENTRETIEN GINETTE LAVIGNE

5ème partie

Ginette Lavigne a réalisé d’autres films documentaires comme «Republica journal du peuple» aux éditions L’Harmattan et «Deux histoires de prison».

Pour commander ces films: lavigne.g@wanadoo.fr

Autre documentaire de Ginette Lavigne: «Republica, journal du peuple»

«Republica» a une histoire intéressante.

C’était le journal antifasciste qui, après le 25 avril, a été plus ou moins récupéré et devenu le journal du parti socialiste. Mais c’était avant-tout un journal dont les typographes, qui étaient du parti communiste, et les journalistes, qui étaient plutôt maoïstes, avaient fait de ce journal une expérience formidable. Les gens en ont tous un souvenir formidable.

Le journal se faisait chaque jour avec des informations qui venaient des usines.

Dans les faits, les usines étaient occupées, tout comme les grands chantiers navals de Lisbonne, le grand poumon industriel de Lisbonne.

À Lisbonne, il y avait une direction collective. L’usine était occupée par les travailleurs qui avaient relancé la production et les délégués des travailleurs rapportaient, à la «Republica», les dernières informations qui étaient ensuite publiées par le journal.

C’était un journal fait par les travailleurs, pour les travailleurs.

Des journalistes socialistes ont accepté d’y rester, mais cela était resté très compliqué.

Il y avait de grands enjeux qui étaient des enjeux de lutte entre le PC et le PS de l’époque, dans un moment de situation qu’on aurait pu qualifier de pré-révolutionnaire.

Il y avait un tel bouillonnement permanent que tout pouvait servir de levier ou d’enjeux.

Des journalistes avaient filmé les événements. Margarita Silva Dias, une très grande journaliste, n’a jamais retrouvé de travail dans le journalisme. Aujourd’hui encore, c’est fini!

C’était de l’ordre de la lutte des classes et on lui a fait payer l’épisode de l’époque.

Les journalistes qui avaient travaillé à la «Republica», ou qui avait accepté de travailler dans ce journal occupé, n’ont d’ailleurs jamais retrouvé leur nom de travail. Aucun!

L’épisode de «Republica» va durer six mois environ et il a été repris par le parti socialiste.

En 1975, quand le PS prend le pouvoir au Portugal, le journal est revenu dans le giron du parti socialiste de l’époque, où il a encore duré un mois avant de disparaître.

C’est un vieux journal et cela aurait coûté très cher de le remettre. C’était fini. Il avait tenu son rôle.

Les relations entre socialistes et communistes au Portugal sont de l’ordre de la lutte pour le pouvoir.

Le 25 avril 1974, Spinola prend le pouvoir. C’est l’acte de droite militaire. Spinola est très vite débordé par la rue et gardera le pouvoir jusqu’en septembre où il se réfugiera en Espagne, chassé par la rue.

Une rue qui continue, où il y a des grèves, des manifestations, des revendications. Les gens gagnent et on ouvre les prisons, on vire les patrons. On vire tout et on entre là, vraiment, dans: «La Révolution des Oeillets».

De septembre 1974 jusqu’en novembre 1975, le pouvoir est exercé par le conseil de la révolution qui est composé de différentes personnes: peu de la société civile, beaucoup de militaires, dont Otelo, il y a le premier ministre Vasco Gonçalves, militaire proche du parti communiste qui a beaucoup de pouvoir à ce moment-là. Les communistes avaient tout-à-fait compris qu’il leur fallait tenir les grands moyens d’informations, les médias. Alors ils tiennent la radio, la télévision, les journaux.

Mais les socialistes ainsi que les militaires veulent aussi le pouvoir.

Il y a des grandes manoeuvres partout. Des grandes manoeuvres qui ne sont pas spécialement portugaises, mais aussi internationales.

Est-ce que l’Union Soviétique va aider le parti communiste portugais? L’Union Soviétique ne l’aide pas.

Les enjeux sont importants parce qu’il y a l’OTAN. Il faut rappeler que des bases de l’OTAN sont en place depuis les années 60 sur le sol portugais.

En 1975, on est dans une situation mondiale où on se dit peut-être que la Gauche peut gagner et ça bouge un peu partout. Il y a des grandes manoeuvres politiques partout. Et le Portugal devient un de ces lieux de ces grandes manoeuvres.

Le parti socialiste portugais est aidé et soutenu par les sociaux-démocrates européens, allemands, autrichiens ou autres et par les Etats-Unis directement.

L’ambassadeur américain Frank Carlucci, un homme de la CIA important, joue un rôle important à Lisbonne.

Il y aussi les militaires modérés.

Mais tout le monde à peur.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :