– Mémoires de dictatures-12-portugal

ENTRETIEN GINETTE LAVIGNE

6ème partie

Ginette Lavigne a réalisé d’autres films documentaires comme «Republica journal du peuple» aux éditions L’Harmattan et «Deux histoires de prison».

Pour commander ces films: lavigne.g@wanadoo.fr

Extrait de «Deux histoires de prison», un film de Ginette Lavigne.

  • Oui, c’est resté longtemps à l’abandon.
  • Complètement en ruines. Je n’ai jamais su à qui appartenaient ces bâtiments. A la famille du Duc Dragons, oui, c’est le nom de la rue du bas.
  • Presque tout le quartier est à eux.
  • J’ai entendu dire que le Siège de la Police va être récupéré mais par pour ce qui faudrait faire: un musée. Un musée oui, c’est ça. Regarde, les vandales ont tagué la plaque en mémoire des gens du 25 avril.
  • Oui, je vois.
  • Il paraît que ça va devenir un hôtel de luxe.
  • J’espère au moins qu’on va expliquer aux gens au moins où ils vont être logés en réalité!
  • Absolument!
  • La mémoire collective est une chose difficile. Et il ne semble pas, d’après ce que j’ai vu, il ne semble pas qu’on apporte beaucoup de soins à la préserver. Dans le dossier que j’ai consulté, il y avait des feuilles de papiers pelure tapés à la machine. Et si ce dossier était consulté, et c’est pour le cas de centaines de personnes.
  • Tout se détruirait
  • En effet, tout se détruirait rapidement. Il suffit de la manipuler. C’est un peu bizarre.
  • C’est compliqué! Mais il y a tant de problèmes, tant de choses à faire! Certains partis politiques, après le 25 avril ont exploité cette histoire d’une manière exagérée à mon avis. Comme le parti communiste qui a fiché les années de prison de l’ensemble du comité central.
  • Oui, je m’en souviens bien.
  • Et aussi que la rumeur a couru que ceux qu’ils avaient détourné une partie des fichiers de la police était le parti communiste.
  • Le parti communiste, exactement.
  • Et qui sont réapparus ensuite à Moscou?
  • Oui, il y aurait des choses qu’on aurait pas voulu divulguer.
  • C’est vrai!
  • Tu sais, c’est toujours pareil. Les archives de la police sont, pour le régime suivant, un bon moyen de pression.
  • Absolument!
  • C’est toujours un danger. L’ouverture des archives a des avantages après l’ouverture, tout est dans les mains de tous.»

Le salazarisme était-il un fascisme dont les témoins, les deux femmes que l’on entend parler dans l’extrait du documentaire qui est un compte rendu des deux derniers films de Ginette Lavigne, ces témoins qui ont vécu ces événements dans leurs chairs par des violences parfois, et d’autres qui les ont vécus, ne voient pas les choses de la même manière.

Ginette Lavigne pense que c’était du fascisme, mais ne se sent pas qualifiée pour le dire. Ce qui est certain c’est ce que ces femmes et d’autres gens, qui ont plus de 50 ans aujourd’hui et qui ont vécu sous Salazar, était assez terrible. Il n’y avait pas de liberté syndicale, pas de liberté de la presse, pas de liberté pour rien, et surtout un maintien des classes populaires dans l’ignorance.

Et puis, il y a le mot: «medo»: la peur.

Il y a la police politique. Et puis l’ignorance. Salazar considérait qu’il n’était pas très utile que la population ne sache quoi que ce soit. Qu’ils sachent lire et écrire, ça s’arrêtait là. C’est-à-dire, les misères, les bêtises, l’ignorance, la peur. Et ce mythe qu’on est un grand pays parce qu’on avait un grand territoire, là-bas, en Afrique. Et de la richesse.

Une des conséquence du fascisme, au Portugal a été une espèce de dénégation, d’oubli, de refus, de refus de l’histoire. C’est quelque-chose que Ginette Lavigne trouve très inquiétant. Elle le ressent aussi en Espagne. On a une transition démocratique et tout est fini. Le 25 avril, les gens les plus compromis n’ont pas été arrêtés. Caetano n’a pas été arrêté. Il est parti au Brésil tranquillement mais il n’y a pas eu de procès.

Il n’y a pas de règlement collectif et social.

Les pères n’ont pas pu transmettre à leurs fils leurs expériences.

Il n’a y pas eu de commission de l’hérité.

Aujourd’hui, à Lisbonne, il y a eu un des journaux comme «L’Express», «Le Point», ou un de ces magazines où l’un des anciens responsables de la police politique venait de publier ses mémoires et faisait des interviews lors desquels il avouait avoir pratiqué la torture. Et il y a une espèce de banalisation qui est incroyable.

Les trois films que Ginette Lavigne a fait au Portugal ne sont pas faits par un Portugais!

Les Portugais ne le font pas.

Ça ne les intéresse pas.

Mais quelque part, les Portugais n’ont pas envie de parler de tout ça.

 

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