– Mémoires de dictatures-15-espagne

Confrontation avec l’Espagne d’aujourd’hui partagée entre la mémoire et le déni.

TEMOIGNAGES

2ème partie

Dissensions internes qui s’accumulent, cette II ème république s’avère ingouvernable.

En 1934, l’extrême-droite fait un retour politique en force. Ils ont fait l’alliance avec les radicaux-socialistes et c’est le feu aux poudres. La Gauche et les syndicats ouvriers refusent l’entrée au gouvernement de la CEDA, la Confédération Espagnole des Droites Autonomes et font une grève générale qui s’étend à toute l’Espagne. Dans les Asturies, elle va plus loin; c’est le soulèvement armé. La répression est dure. Sur le terrain, le général Lopez Ochoa dirige ses hommes, mais c’est Franco qui commande. 1’500 morts, 3’000 blessés, 25’000 prisonniers. La révolte des Asturies ne sera que le prélude.

«Petit Espagnol qui vient au monde, que Dieu te garde. Une des deux Espagne te glacera le coeur.»

Antonio Machado

Fin avril 1936, le Front Populaire est à son tour vainqueur dans les urnes. Alors qu’une moitié de l’Espagne vit dans l’allégresse, l’autre attend son heure, la prépare en secret.

Le général Ochoa, chef des insurgés, met une dernière main au plan d’insurrection de la République. Franco n’est pas immédiatement présent. Il en semi-exil aux Canaries. Tout acquis à la rébeillon, il hésite à la rejoindre et adresse une lettre au ministre de la guerre.

«23 juin 1936, l’inquiétude soulevée parmi les officiers est si grande que je manquerais à la loyauté que je vous dois si je ne vous communiquais mes impressions sur la situation. Ils mentent, ceux qui vous présentent l’armée comme opposée à la République. Ils vous trompent, ceux qui feignent des complots.»

3 semaines plus tard, Franco débarque au Maroc. C’est la tête de pont de la reconquête et les militaires entament leur coup d’Etat.

Ce qui se joue alors en Espagne déborde largement le cadre de la péninsule. Derrière l’entame de cette lutte opposant la République au soulèvement militaire, il existe d’autres forces politiques antagonistes. Ce sont les tout premiers ennemis déclarés qui entraîneront, dans leur sillage, le reste du monde.

Face à face, communistes et anticommunistes. L’Espagne a sa singularité: les communistes ne sont pas seuls en lisse dans ce combat pour la République.

*

Emile Temim:

«Il est exact que les communistes ont joué, parce qu’ils ont été très actifs à cause de l’appui de la Russie qui était très important. Mais au départ, au moment de la véritable révolution espagnole, celle qui a eu lieu, non pas en 1937 ou en 1938, à ce moment-là, la révolution est finie, mais en 1936. À ce moment-là, les communistes étaient très peu nombreux. Il y avait deux groupes très importants. Un groupe socialiste, de tendance très révolutionnaire, et le groupe anarchiste. Et il est évident qu’il est beaucoup plus intéressant de parler du groupe anarchiste, parce qu’une révolution anarchiste c’est quelque chose d’unique. Il n’y en a pas eu d’autres qui aient été aussi importantes. D’ailleurs, la péninsule ibérique est la seule où il existe un mouvement anarchiste important et nous sommes là au coeur du problème en somme. Les anarchistes et l’aile gauche du parti socialiste ont estimé qu’il fallait faire d’abord la révolution et c’est l’enthousiasme révolutionnaire qui donnerait la victoire.»

*

En face, les militaires ont du soutien: l’Italie de Mussolini et l’Allemagne hitlérienne. De l’aide, du matériel, de l’assistance militaire; en fait un laboratoire pour tester les capacités meurtrières d’une industrie de pointe.

Sur le terrain, l’assistance italienne et allemande jointes à une discipline militaire s’avère efficace.

Du côté républicain, le gouvernement légitime compromet sérieusement les chances de succès par ses divisions et ses hésitations. Par communiqués, les généraux de la junte élisent pour la durée de la guerre, Franco, Généralissime et chef de gouvernement.

«Un Etat totalitaire, en Espagne, harmonisera le fonctionnement des capacités et des énergies du pays où dans le cadre de l’unité nationale, le travail, considéré comme le seul devoir inéluctable, sera le représentant de la volonté populaire. Ainsi le sentiment authentique du peuple espagnol s’exprimera par ses organisations naturelles du pays comme la famille, la commune, l’association et la corporation qui feront de notre idéal suprême, une réalité. En un mot, la semence de notre patriotisme, baigné du sang des martyres, rendra la récolte féconde dont nous déposerons les meilleurs épis sur l’auguste autel de la patrie.»

*

Ricardo de la Cierva:

«En 1937, nous vivions tous dans une atmosphère très imprégnée par l’esprit nationaliste qui occupait notre zone. Il y avait une sorte d’exaltation patriotique formidable. Franco était au centre de cette exaltation. On le voyait donc comme le Sauveur de l’Espagne. Nous étions convaincus qu’il l’était, et moi en particulier.»

*

Fin mars 1939, Madrid et les dernières villes républicaines sont tombées aux mains des troupes nationalistes. La guerre civile est finie. Un million de morts, 270’000 prisonniers dans les zones nationalistes. Les exécutions vont suivre. Un demi-million de réfugiés gagnent la France. Le dernier communiqué de guerre peut tomber:

«Aujourd’hui, l’armée rouge étant prisonnière et désarmée, les troupes nationales ont atteint leur dernier objectif militaire. La guerre est finie. Burgos 1er avril 1939, année de la victoire, le généralissime Franco.»

*

Manuel Vazquez Montalban, journaliste, écrivain:

«Cela a pris 100 ans à la classe ouvrière pour avoir cette emprise intellectuelle. La bourgeoisie, elle, les sort de l’université tous les 5 ans. Il faut savoir qu’il a fallu 100 ans à la classe ouvrière pour sortir de l’analphabétisme et construire des syndicats. Franco a détruit tout ça pendant la guerre civile, la répression et l’après-guerre. C’est pour ça qu’il a pu se maintenir pendant 40 ans. C’est aussi grâce à l’appui extérieur. Sans l’aide américaine ni celle de l’Eglise, Franco n’aurait pas dépassé l’année 1945. D’autre part, tous les secteurs politiques appliquaient dans le franquisme que si Franco disparaissait, la démocratie reviendrait. Ils savaient qu’ils auraient tous à payer pour ce qu’ils avaient fait. Pas forcément pendant la guerre civile, mais après la guerre civile. C’est ce qui a créé un syndicat du crime à un syndicat de complices.»

 

3 réflexions sur “– Mémoires de dictatures-15-espagne

  1. Pingback: FAICMFSF | Blog | Democratia Real Ya

  2. Pingback: Democratia Real Ya « FAICMFSF

  3. Pingback: Democratia Real Ya | | FAICMFSFFAICMFSF

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :