– Mémoires de dictatures-7-portugal

ENTRETIEN GINETTE LAVIGNE

1ère partie

Entretien avec la réalisatrice Ginette Lavigne qui a réalisé «La Nuit du coup d’Etat – Lisbonne, avril 1974» qui met en scène le récit d’Otelo de Carvalho, organisateur de ce coup d’Etat de la nuit du 25 avril et des heures qui ont suivi. Un homme qui a mis fin à 48 ans de fascisme en une nuit, et celui-là même qui a tout organisé n’a rien vu des images qui ont fait le tour du monde: une foule en liesse offrant des oeillets aux jeunes soldats occupant les rues de la capitale avec les blindés.

Ginette Lavigne a réalisé d’autres films documentaires comme «Republica journal du peuple» aux éditions L’Harmattan et «Deux histoires de prison».

Pour commander ces films: lavigne.g@wanadoo.fr

Quelle aura été la nature du régime qui s’écroule au Portugal en 1974? Pourquoi cette conclusion? Qui aura préparé le coup d’Etat? Qu’aura été cette révolution des oeillets? Qu’elle est alors l’ambiance? Qui revient sur place? Qui est concurrent? Qui aura confisqué l’ensemble?

Et aujourd’hui, qui se souvient?

Ginette Lavigne, réalisatrice, a fait trois films au Portugal.

Ginette Lavigne est partie au Portugal en 1974-1975, comme beaucoup de gens de Gauche, car c’était le début de «la Révolution des Oeillets». Elle y a vécu pendant deux ans, de 1975 à 1977.

Lorsqu’elle arrive là-bas, elle n’y comprend rien. En fait, elle faisait son «Mai 68» et était dans un moment où elle s’est dit, comme beaucoup de gens, que peut-être il y allait se passer quelque chose et que c’était là que ça allait se passer, dans ce pays où on n’attendait pas que ça se passe. Ce quelque-chose était une révolution socialiste avec tous les guillemets nécessaires à la chose.

Elle a vraiment cru que c’était la dernière possibilité de vivre une révolution socialiste en Europe Occidentale.

En 1975, il se passe des choses dans le monde.

Les Américains perdent au Vietnam. Le petit peuple vietnamien gagne contre le géant américain.

Il y a des élections en Italie, le parti communiste fait son meilleur score depuis la guerre.

Il y a des élections en France, Giscard passe, mais avec 50,1% des voix contre Mitterrand, homme de gauche.

En Espagne, Franco est sous perfusion. Il est resté sous perfusion presque pendant un an, mais c’était la fin de la dictature.

Et au Portugal, il y a une révolution. Un coup d’Etat militaire qui se transforme immédiatement en un mouvement social important. Les gens descendent dans la rue et commencent à revendiquer tous les droits qu’ils n’ont pas eu pendant 48 ans de fascisme, avec une violence extrêmement limitée, pour ne pas dire inexistante.

Il y a eu deux morts le 25 avril. Deux personnes qui ont été tués par des policiers.

Extrait de: «La liberté retrouvée», d’Eric Lehmann diffusé sur la tsr le 2 mai 1974

«Un peuple uni ne sera jamais vaincu. Depuis jeudi dernier, pour 9 millions de Portugais, c’est la découverte d’un sentiment jusqu’alors inconnu, celui de la liberté. A Lisbonne, nuit et jour, c’est la fête. Le général Spinola, héros national prestigieux, a pris la tête d’une junte de 7 membres qui s’est emparé du pouvoir, marquant la fin de 48 ans de dictature. Au Ministère de la Défense, il met au point la proclamation qui annonce l’instauration des libertés démocratiques. Pour le Portugal, c’est une nouvelle phase de l’histoire qui commence.

Les militaires qui étaient, il y a une semaine encore, un des piliers de la dictature sont, aujourd’hui, des libérateurs, des héros que l’on fête.»


C’était assez formidable! C’était une atmosphère extrêmement chaleureuse et c’était «Les libertés à la Soviet» au sens où au moment des faits, tout était occupé, tout était pris par les gens qui travaillaient. L’usine du coin, le journal «Republica», les travailleurs qui brusquement prennent les choses en main.

Du jamais vu!

Il y avait l’occupation des bâtiments. Toute la bourgeoisie était partie. Tous les bourgeois portugais avaient eu peur et quittaient le Portugal pour le Brésil ou ailleurs, en Espagne.

Les logements étaient occupés.

Lorsque les femmes avaient besoin d’une crèche pour garder leurs enfants, elles appelaient le COPCON «les militaires d’Otello», qui venaient et forçaient les portes afin que les gens s’y installent. L’occupation était tant par les gens qui travaillaient que par les agricoles.

Il y avait un film formidable: «Torrebella»*, de Vitores Harlan, qui a représenté le Portugal au Festival de Cannes en 1975 et qui est extraordinaire. (*introuvable)

Les gens usent de grandes expressions un peu construites, comme si c’est le manuel qui parle. Mais il y a les gens parlent aussi comme d’habitude, c’est-à-dire de façon très quotidienne.

C’était très politique et très langue de bois aussi. Ce qui était très étonnant, c’était la tendance maoïste. C’est peut-être le seul pays en Europe où les groupes maoïstes ont vraiment été des groupes qui prenaient racine dans la classe ouvrière.

Ce n’était pas courant en France.

Les «Cahiers du cinéma» de l’époque, qui relataient ce qui se passait après 1968, car la vie intellectuelle française bouillonnait dans les groupes, les dirigeants ou les mouvements maoïstes paraissaient quelque chose d’assez éloigné des masses populaires. Il n’y a jamais eu réellement d’implantations. Il y a eu de petits groupes maoïstes dans les usines, chez Renault par exemple, mais ça restaient des groupuscules. Ce n’était pas un grand mouvement populaire.

Alors qu’au Portugal, oui. Les meetings très étonnants des MRPP, qui étaient des maoïstes purs et durs, pratiquaient la langue de bois à l’extrême et remplissaient les salles.

Ces groupes existaient avant la chute du fascisme. Le parti communiste, des groupes maoïstes et des groupes armés existaient dans la clandestinité. Ce qui n’était pas le cas pour le parti socialiste qui s’est constitué dès les années 1970, en Autriche, mais qui n’était pas implanté dans la classe ouvrière.

Le PC et les maoïstes, et surtout les maoïstes étaient incroyables. C’était des gens qui luttaient et qui exigeaient obéissance, discipline, qui discutaient des nuits entières et refusaient le monde. Il fallait trouver rapidement des solutions à tout. Et comme elles n’ont pas été trouvées…

 

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