– Mémoires de dictatures-8-portugal

ENTRETIEN GINETTE LAVIGNE

2ème partie

Ginette Lavigne a réalisé d’autres films documentaires comme «Republica journal du peuple» aux éditions Lharmattan et «Deux histoires de prison».

Pour commander ces films: lavigne.g@wanadoo.fr

Documentaires existants en DVD.

Extrait de l’un d’entre eux: «La nuit du coup d’Etat

«Je ne suis pas devenu militaire par vocation.

«Je voulais devenir acteur, étudier à l’Actors Studio à New York, jouer Shakespeare et devenir une vedette. J’avais été promu sous-lieutenant peu de mois auparavant. Et à cette époque, je n’avais pas idée que pendant les 13 ans de la guerre coloniale, mon seul théâtre serait celui des opérations de l’Angola et de Guinée où je connaitrais la plus injuste des guerres. Celle menée contre des peuples qui réclament juste le droit de disposer d’eux-mêmes.

«En 1973, après ma dernière mission, je suis rentré à Lisbonne, venant de Guinée.

«Le Portugal était un pays exsangue, isolé et pauvre. Des milliers d’hommes, en âge de travailler, étaient ou en exil, ou à la guerre, ou en revenaient. Le régime fasciste de Caetano gouvernait et maintenait son pouvoir en s’appuyant sur la peur.

«En Guinée-Bissau, avec des camarades de l’armée, nous avions créé un groupe de caractère corporatiste revendicatif, contestataire, clairement indiscipliné. Le mouvement des capitaines qui comprenait également des officiers subalternes et des majors.

«C’était un début.

«Ce mouvement va, à partir de novembre 73, passer à une autre phase: le mouvement s’organise. Il manquait de structures. Il élit alors une direction, la commission de coordination exécutive. Il élargit ses bases et est rejoint par des plus haut gradés. Lieutenants-colonels, colonels, généraux, gagne l’aviation et la marine et s’organise politiquement. Il organise sa propre philosophie politique et prend le nom de : Mouvement des officiers des forces armées: le MFA.

«Le régime fasciste de Caetano, nous l’avions compris, ne cherchait pas un règlement politique de la question coloniale. Nous étions dégoûtés, désillusionnés, désabusés par ce régime. Et peu à peu, l’idée a grandi en nous, le Mouvement des forces armées, que ce régime devait être renversé par la force au moyen d’un coup d’Etat.»


Cet homme qui s’exprime remarquablement bien, mais qui s’est retrouvé sous les drapeaux n’est autre qu’Otelo de Carvalho

C’est un héros national à Lisbonne. Héros national un peu vieilli qui a eu des problèmes avec la justice et est toujours critiqué.

Otelo est celui qui a mis en oeuvre ce fameux coup d’Etat.

Mais il faut revenir, avant, à cette notion de coup d’Etat.

Le 25 avril 1974, un coup d’Etat militaire renverse Marcelo Caetano, le successeur de Salazar. Ce coup d’Etat a été mis en oeuvre par des militaires, dont ce fameux Otelo de Carvalho. C’est à ce moment-là que commence la «Révolution de oeillets» qui a durera 18 mois.

Mais l’effervescence commencera un peu plus tard, à Lisbonne, au mois de juillet, avec cette occupation, la liberté, cette révolution en marche, etc…

En 1974, le Portugal est le plus grand empire colonial. C’est l’équivalent de l’empire Romain, en superficie et comprend le Mozambique, le Cap-Vert, l’Angola et la Guinée. Il y a la guerre coloniale sur quatre fronts. Tous les jeunes sont sous les drapeaux.

En 1974, le Portugal n’est rien! C’ est un pays exsangue qui compte un taux d’analphabétisme plus élevé qu’en Turquie.

C’est un régime fasciste depuis 48 ans. Salazar mort, Caetano le remplace et continue la même politique.

Il y a les guerres coloniales

Ces colonies font fondre l’économie et il n’y a plus de gens dans les usines.

Les jeunes sont tous partis pour la guerre coloniale faire leurs trois ans de service militaire. Et ils vont le faire en Angola ou en Mozambique.

Quand ils reviennent, il y a ceux qui ont eu de la chance de ne pas être mutilés, beaucoup reviennent estropiés, mais beaucoup reviennent fous aussi. Ce sont des conflits d’une extrême violence, des guerres très dures et ces guerres durent depuis 1960. Des années et des années de guerres coloniales.

Et il n’y a plus personne. Il n’y a plus de forces actives. Il n’y a plus d’ouvriers dans les usines, plus de paysans dans les campagnes. Les gars qui ne partent pas à la guerre, partent dans l’immigration en France, en Allemagne et en Suisse, en tant que clandestins.

 

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