– Mémoires de dictatures–26-le film

ENTRETIEN AVEC PIERRE BEUCHOT

1ère partie

Contre l’oubli, la trace des dictatures(2009)

Extrait du documentaire: «Contre l’oubli, la trace des dictatures» du réalisateur Pierre Beuchot

«Il n’y a pas eu de rupture pour sortir l’Espagne de 35 années de dictature franquiste, mais un processus de passage progressif vers la démocratique: la transition. On a fait le choix alors de ne punir personne et de jeter un voile sur les crimes du passé.

«Le Portugal qui a pourtant subi un régime dictatorial de plus longue date encore que l’Espagne, la volonté de réconciliation paraît l’avoir emporté sur l’appel à se pencher sur le passé. La répression qui fut exercée a le visage d’une prison. Au bord de l’Atlantique, la forteresse de Péniche. C’est là que pendant près d’un demi-siècle ont été emprisonné la plupart de ce que le Portugal a pu compter d’opposants à la politique de Salazar.

«Une autre mer, la Méditerranée. Les Cyclades grecques. D’autres prisons. Une dictature plus brève mais tout aussi cruelle. En Grèce, le retour à la démocratie ne s’est accompagnée d’aucun pardon. La justice est passée, impitoyable pour les Colonels de la junte.»

Pierre Beuchot avait très envie de travailler dans le cinéma. À la télévision, c’est par l’intermédiaire de relations d’amis qu’il a réussi à mettre un pied sur un film d’un jeune réalisateur Jean-Claude Chambon, qui avait les droits de la bande dessinée: «les Pieds nickelés», avec, comme conseiller technique, Philippe de Broca. Cette expérience lui a permis d’enchaîner très vite sur d’autres films.

Pierre Beuchot croit que quand on a une vraie passion, une vraie envie, on trouve ses marques assez vite. Chabrol disait: «Pour faire un film, il faut aller à la cinémathèque. Il n’y a pas besoin de faire autre chose». Pierre Beuchot croit que c’est vraiment le meilleur endroit pur faire l’apprentissage. Après, c’est une question de relation humaine avec les gens, les techniciens, les metteurs en scène et les assistants, quand on a été assistant, les comédiens, il faut savoir se comporter à leur égard, il faut savoir organiser un plateau et une certaine autorité.

Pierre Beuchot a enseigné un peu à la FEMIS mais ne se sent pas très pédagogue. Il ne croit pas qu’on peut enseigner le goût des choses. Il y a des recettes, des méthodes, à partir de telle bobine il faut qu’il y ait un rebondissement. Pierre Beuchot n’en tient pas compte et improvise à peu près tout le temps mais est très attentif. Godard disait: «Le cinéma, c’est de la peinture mise en musique». Pour lui, en dehors des pôles d’intérêts qui sont d’ordre thématiques, il y a la politique, l’engagement politique, les conflits, les guerres, qui sont des sujets sur lesquels il a travaillé, quelque soit les sujets qu’il aborde. Il cherche l’harmonie, même dans les choses les plus affreuses. Qu’il y ait quelque chose de l’esthétique, que ce soit pictural ou musical.

Extrait de documentaire: «Contre l’oubli; la trace des dictatures» un film cosigné par Pierre Beuchot et Jean-Noel Jeanneney.

«Insatisfaction. Déception. Cette volonté impatiente et exigeante de se retourner vers le passé. Se rapprocher des Espagnols qui jugent insupportable de laisser dans les mêmes fosses communes les restes de leurs ancêtres assassinés.

«Les associations dénombrent 600 à 800 de ces charniers de ces gens décimés à travers tout le territoire. Emilio Silva oeuvre sans relâche à leur localisation. Dans un petit cimetière, il vient de découvrir une fosse ou deux cent corps seraient enfouis. L’historien Nicolas Sanchez-Albornoz le rejoint. Ancien combattant républicain, il a été contraint de travailler au mausolée de Franco dans la vallée de Los Caidos et s’en est évadé avant de s’exiler en France.

«- Nous sommes en 2008, l’Espagne est une démocratie depuis 33 ans, depuis la fin de la dictature franquiste. Ici, il y a des dizaines, des centaines de personnes enterrées qui se sont battus pour la démocratie, qui sont les pères de la démocratie de ce pays parce que ce sont eux qui ont construit la première démocratie espagnole. Et voilà ce que témoigne post-franquistes si l’on peut dire. Sous un tas de ferraille reposent des inconnus non identifiés par leurs familles, non reconnus par une institution. Ça représente exactement ce qu’était la transition. Le fait de considérer comme un obstacle à la démocratie les victimes du franquisme, alors que c’est les franquistes le véritable obstacle à la démocratie. Je n’ai vu aucun président du gouvernement espagnol poser sur une photo, avec d’anciens prisonniers, avec groupe de famille de disparus ou quelque chose dans ce genre-là. Et dans le fond, la transition, la démocratie, les a traités selon les principes franquistes de la guerre civile, comme des coupables.

«- Je crois que l’important, c’est d’entretenir la mémoire, moi, j’ai une tendance professionnelle, en tant qu’historien, je pense qu’il faut connaître à fond, tous les événements du passé, qu’ils soient bons ou mauvais, pour comprendre et savoir ce qu’est un pays. Nous ne pouvons pas être sûrs de ce qu’est l’Espagne si nous ne nous rendons pas compte des atrocités qui ont été commises. On ne peut pas ignorer le génocide. On parle énormément de génocides et c’est vrai que je n’aime pas vraiment ce mot. Mais quand on a présenté au juge Garzone une liste de 140’000 noms de personnes qui ont été fusillées, on n’a pas exagéré. C’est le résultat d’un plan systématique de destruction d’un adversaire.»

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