– Mémoires de dictatures–28-le film

ENTRETIEN AVEC PIERRE BEUCHOT

3ème partie

 

Extrait du documentaire: «Contre l’oubli, la trace des dictatures» (2009) du réalisateur Pierre Beuchot

 

«Pour le psychanalyste Manolo Espina (?), la maladie de l’Espagne est la maladie d’un deuil qui n’a pas été fait. D’un deuil profond. La loi sur la mémoire historique permettra-t-elle de dissiper les frustrations engendrées par la réconciliation de façade imposée par la transition. A Barcelone, dans une Catalogne profondément républicaine, nombreux sont les Espagnols qui dénoncent ses insuffisances et ses lacunes. Pour la documentaliste Montse Montegu (?), le deuil ne sera fait que si une justice pleine et entière est enfin rendue aux vaincus de l’histoire.

  • MM: la loi de mémoire historique, c’est comme on dit en Espagne: vouloir et ne pas pouvoir. D’un côté, elle a répondu à une demande de la société qui voulait faire quelque chose pour mieux refermer le passé. Mais bien sûr, elle n’est pas suffisante. Je reprends le mot de schizophrénie. Pourquoi la société espagnole doit-elle assumer une loi de mémoire qui ne permet pas d’annuler les procès très sommaires du franquisme. Pourquoi nous dit-on qu’en les annulant, nous mettrons en danger notre constitution? L’Allemagne l’a fait. Et les derniers vestiges de la législation nazie ont été dissous par un gouvernement démocratique de Droite, dirigée par Helmut Kohl. Et pourtant, on ne peut pas dire qu’il s’agissait d’un gouvernement révolutionnaire ou belliqueux. Voilà le problème. On nous propose une loi qui n’est pas allé assez loin par rapport à ce que vivent d’autres pays qui ont des situations extrêmement compliquées. L’Apartheid, en Afrique du Sud, trente ans de guerre civile au Guatemala, Le Chili, l’Argentine, etc…Pourquoi ne peut-on pas faire pareil ici?
  • Et pourquoi on ne peut pas le faire.
  • MM: Je pense que le grand problème de l’Espagne, ce n’est plus les victimes, qu’on connaisse le nom des victimes. Je pense que le problème c’est qu’on apprenne le nom des bourreaux et les relations de ces bourreaux, avec ceux-ci aujourd’hui, ceux qui dirigent actuellement la politique, la société et l’économie espagnole.»

 

 

Aujourd’hui, quand un pays a passé par ce genre d’aventure, aussi bien pour les gens qui ont pu vivre de près ou de loin ces événements que pour ceux qui ne les ont pas vécu, il faudra parler de ceux qui sont encore en vie, des politiques, des non-politiques. Et puis il y a la jeunesse aussi. Les jeunesses, la jeunesse politique, engagée, celle qui l’est moins et celle qui est indifférente. L’idée du film était de faire une sorte de voyage. Il n’y a pas l’idée de comparer. C’est une sorte de photographie superficielle sur des gens et beaucoup de personnages figurent dans ce documentaire. C’est pourquoi il s’appelle: «La trace des dictatures» et le titre: «Contre l’oubli» est venu plus tardivement. Ils ont fait une quarantaine d’interviews dans les 3 pays et ils se sont aperçus que ce qui était le plus saisissant, c’est que la majorité des gens qu’ils ont rencontrés ne voulaient surtout pas qu’on oublie, qu’on ne puisse pas passer l’éponge sur tout cela. C’est une vieille histoire, on en parle plus. L’idée était de saisir le climat, ressentir comment ces pays essayaient de trouver, sans oublier, un moyen de vivre ensemble, tout simplement.

Pierre Beuchot avait fait un scénario sur Bousquet, qui a permis de travailler sur la raisonance d’un collaborateur en période moderne. Or, on est en train de réformer l’enseignement de l’histoire dans les lycées et dans l’éducation en France. Et c’est en travaillant sur ces périodes-là que se forment les générations

D’un point de vue de José Maria Aznar, il y avait une formidable idée d’unité. Il ne faut pas trop revenir sur le passé parce que faire parler les morts n’est jamais vraiment objectif, qu’il n’y a pas de mémoire collective. Il n’y a qu’une mémoire individuelle. Or comment refaire l’histoire si il n’y a pas de mémoire collective, si il n’y a pas de réalité de mémoire collective. C’est incongru mais finalement, c’est assez rationnel.

Pierre Drouart (?) dit que contrairement à ce que l’on imagine, la mémoire collective n’est pas l’addition de mémoires individuelles. Il y a une mémoire collective qui existe. Et il y a des mémoires individuelles. Mais il y a l’histoire collective qui s’impose à l’ensemble des citoyens d’un pays et elle n’est pas dictée, n’est pas assénée, mais elle est là. On pourra dire tout ce qu’on voudra aux jeunes Français, dans la mémoire collective, entre 1940 et 1945, la France s’est compromise avec l’Allemagne hitlérienne et cela fait partie de son histoire. Que la France a mené une guerre en Algérie pendant 7 ou 8 ans fait partie de son histoire collective. Et les Français sont obligés de la prendre en charge.

Il y a quelques années, Pierre Beuchot a fait un film avec André Harris en Union Soviétique, en Russie, après la chute du communisme. Un film sur les étudiants russes et ce qui restait de la grandeur soviétique. Et il se souvient d’un jeune qui a dit cette formule incroyable: «Mais Ivan le Terrible et Staline, c’est à nous, ça nous appartient, c’est notre sang à nous.» Il ne s’agit pas de dire le bien ou le mal, mais de dire: c’est notre histoire nationale, c’est à nous. Si les gens portent un jugement de l’extérieur, on ne marche pas.

 

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