– construction européenne 6: marché commun

Du « Traité de Rome » au « Marché Commun »

En cette année 1957, la communauté européenne a la même proportion de population que les Etats-Unis. Mais ses 172 millions d’habitants ont une économie moins développée que ceux d’Outre-Atlantique. Le produit intérieur brut (PIB) des européens est d’environ trois fois inférieur que celui des Américains.

L’Europe ne s’est pas encore entièrement relevée des décombres de la seconde guerre mondiale. Sa population est jeune, très jeune. Un européen sur trois a moins de 19 ans; et nous sommes dans un autre monde qui vit, qui travaille à la campagne, ceci pour une personne sur cinq.
Le commerce a de la peine à trouver sa pleine puissance. Ce commerce est entravé par mille et un tracas administratifs, des règlements de toutes sortes, droits de douane bien trop élevés, ajouté à cela une organisation de flux d’échanges hérités de l’histoire.
Ainsi pour beaucoup de pays encore coloniaux, une grande partie des exportations est destinée aux colonies.
Aller d’un pays à l’autre, à l’intérieur même du continent européen, cache aussi bien des surprises. Ainsi, lors d’un aller-retour France-Belgique, il n’est pas rare de voir un douanier contrôler votre niveau d’essence dans le réservoir, ou encore que le touriste, se rendant en Espagne, se retrouve à attendre pendant des heures dans un véhicule non climatisé, le bon vouloir des douaniers qui bloquent le col de Pertus en oeuvrant ,ce jour-là, avec un zèle insupportable. Il y a aussi les amendes fréquentes sur l’alcool, les cigarettes, l’argent liquide, les objets de valeurs transportés. Bref, tout est objet de taxes. A ces royaumes cernés de toutes sortes, il faut avoir une pensée décloisonnante.
On se tourne encore une fois vers Jean Monnet, père fondateur du projet de la CECA pour faire évoluer la situation.

Jean Monnet a deux buts.
« Le premier : avancer le plus rapidement possible la création d’un marché commun, d’un marché européen dans lequel les barrières, les contingents disparaissent de façon à permettre la libre circulation des marchandises et des individus avec des sauvegardes nécessaires pour établir les équivalences dans la production des industries et l’harmonisation des politiques sociales.
Le deuxième : c’est urgent de mobiliser ensemble les ressources européennes, surtout en ce qui concerne le développement atomique, non dans le but pacifique de l’électricité dont nous pouvons obtenir de la force atomique. Il y a donc besoin de créer une commission européenne sur la force atomique identique que celle des USA, des russes ou des anglais, et il faudrait ni de frontières, ni de nations, car les frontières et les nations freineraient les efforts et la rapidité que nous pouvons obtenir de ces résultats et c’est chacun qui en subirait les conséquences et nous resterons en arrière dans le développement. »

C’est ainsi que va rentrer en vigueur le traité de Rome avec le CECA et d’ « l’Euratom », une « CEE », une sorte de « comité européen ».
En Allemagne, ce traité est ratifié à une grande majorité, l’Italie suit le mouvement avec le ralliement des monarchistes et des néo-fascistes. Seuls, les communistes sont contre. En Belgique, Les Pays-Bas et le Luxembourg ratifient à la quasi unanimité. Reste la France. La France qui a fait capoter le projet de la CED, la France vers laquelle les regards se tournent, non sans inquiétude. C’est Pierre Mendès-France qui est encore aux commandes du pays et qui est pro-européen convaincu, qui tient à rappeler qu’il y a vingt ans en arrière, Aristide Briand, alors ministre des affaires étrangères, avait proposé dans un mémo adressé à feu « la Société des Nations », mémo rédigé par Alexis Léger, plus connu sous le pseudo de « Saint-John Perse », d’établir un « Marché Commun » sur la totalité du territoire européen et créer une fédération sur l’idée d’union et non d’unités. Un mémo qui, en son temps, fut accueilli des plus froidement.

Pierre Mendès France :
« L’idée que le gouvernement français défendrait devant l’opinion publique de toutes ses forces si elle recueillait demain l’assentiment sur l’essentiel de nos amis et partenaires. Il nous faut réaliser une Europe aux besoins de notre siècle et l’oeuvre est de longue haleine. Mais n’y a t’il plus ample et plus noble dessein que de rechercher l’accroissement du bien-être de nos concitoyens, l’abaissement des barrières qui cloisonnent notre vieux continent, le renforcement de sa sécurité, dans une coopération réaliste et amicale entre nos pays. Les problèmes qui se posent pour certains de nos pays il serait insensé de les résoudre sur le plan strictement national . Au siècle où nous sommes, l’égoïsme se retourne contre celui qui le pratique. Aujourd’hui, le conseil de l’Europe existe, et nous ne sommes plus loin de l’époque où les propos d’Aristide Briant ne rencontraient aucun écho. Ouvrir des perspectives aux réfugiés, avoir une sécurité plus étendue, favoriser les échanges économiques et culturels, harmoniser les pratiques administratives, aider les déplacements. Je ne vois pas de meilleur moyen que de montrer au public que l’Europe n’est pas une idée abstraite, n’est pas qu’un système, mais au contraire, une réalité vivante, en constant développement, et progressivement, chaque individu de chaque pays recueillera tous les avantages. « 

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