– construction européenne 7: marché commun

Un retour qui bouleverse bien des choses

« L’empereur passait en revue ce qui lui proposait pour la prospérité: les intérêts, la jouissance et le bien-être de l’association européenne. Il eut voulu le même principe, le même système partout, un code européen, une cour de cassation européenne, une même monnaie, les mêmes poids, les mêmes mesures, les mêmes lois, etc…etc…L’Europe, disait-il, n’est bientôt faite de la sorte comme un seul peuple, et chacun, en voyageant partout se retrouverait toujours dans la patrie commune. »

De Las Cases, mémorial de St Hélène 1823Tandis que l’Europe des six cherchent à résoudre les mille et un problème que supposent son projet, chaque pays est confronté à ses problèmes intérieurs et extérieurs. La France, depuis 1954, est plongée au coeur de sa 2ème crise de décolonisation sans oser donner son nom véritable :

La « Guerre d’Algérie ».
Alors que les gouvernements se succèdent les uns après les autres, sans qu’aucun amène une solution, un événement se produit. A l’Elysée, le président de la république appelle les chefs de partis: Antoine Pinay « la droite », Guy Mollet « la gauche », et, sur le conseil de ce-dernier, Vincent Auriol, son prédécesseur.
Puis il prend sa décision. Il annonce qu’il va faire appel au Général De Gaulle. Du coup, tous les projecteurs se retournent vers « Collombey les deux Eglises », où le Général s’était retiré depuis 12 ans. Aux termes de longs pour-parlers, on apprend que De Gaulle veut former un nouveau gouvernement. 

De Gaulle arrive dans un contexte particulier de la construction européenne. Celui où à mesure que l’on bâtit, on complexifie.
Ainsi le traité de la « CEE » prévoit une structure qui comprend trois exécutifs séparés qui conduisent des éléments intergouvernementaux ainsi que des éléments fédéraux. Autant de niches dans lesquelles les membres sont indépendants des gouvernements nationaux. Seul avantage, celui pour les ministres de faire porter à la commission la responsabilité des mesures impopulaires qu’ils ont parfois eux-mêmes sollicitées, et qu’ils approuvent par ailleurs, dans des délibérations parfois tenues secrètes. Les institutions prennent place provisoirement, à Bruxelles.
Mais dès sa naissance, la communauté fait face à des difficultés politiques et diplomatiques. Le Royaume-Uni cherche à diluer le nouvel ensemble dans une zone de libres-échanges. Le projet britannique échoue.
Les Britanniques lancent ensuite une association de libres-échanges avec l’Autriche, le Portugal, la Suède, la Norvège, le Danemark et la Suisse.
Le journal « The Economist » sanctionne l’événement et qualifie l’Angleterre de « géant parmi les pigmées. » Echec annoncé! Le Royaume-Uni vient finir par frapper, à la porte de la communauté européenne. Mais le retour du Général de Gaulle au pouvoir est déjà une source d’inquiétude pour les partenaires européens. Le nouveau président est connu pour son attachement farouche à sa souveraineté nationale. Ses députés, ayant d’ailleurs voté contre la ratification du « Traîté de Rome ». Cependant, sous l’influence de son conseiller économique Jacques Rueff, De Gaulle se rallie à l’idée du « Marché Commun » et met en oeuvre une politique d’assainissement financière qui permet à la France de tenir ses engagements.« Sur les 12 coups de minuit, en 1959 ,ont aussi marqué une date, celle de la reconstitution de l’empire de Charlemagne. Enfin, presque! Le marché commun est entré en vigueur. Car le douanier est toujours là pour dénicher le bijou ou le paquet de cigarettes. Il faudra encore un certain nombre d’années pour passer la tête haute les bagages par-ci, l’appareil photo allemand, le tabac belge, le fromage hollandais, voire les spaghettis italiens. Les vitrines ne vont pas tout d’un coup s’engorger d’appareils étrangers et les prix fondre comme neige au soleil. Tranquillisons-nous, nous aurons le temps de nous habituer. Cependant le mouvement est donné et le volume des échanges aux frontières européennes vont augmenter. D’ores et déjà, on peut se permettre de rêver d’aller louer un pavillon douanier pour y passer les vacances d’été. Et ce jour-là, n’importe qui pourra traverser le pont de Kiel aussi lentement que l’enfant qui joue. »

Louer une guérite de douanier ou traverser le pont de Kiel, pourquoi pas? Du côté des entreprises, on a tout de suite compris les intérêts du « Marché Commun » et les commerces inter-communautaires augmentent en une année de 20%. Mais une crise, et non des moindres, reste à venir.


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