– construction européenne 10: consolidation

pré-ambule

C’est en septembre de l’année 1946 que  Denis de Rougemont publie son premier discours sur l’union de l’Europe. L’année suivante, de Rougemont voyage aux États-Unis, l’occasion pour lui d’évoquer avec Einstein des problèmes de l’union de l’Europe.

Entre temps l’Europe des six est devenue l’Europe des neuf: le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark ont rejoint la Communauté. Seule la Norvège a vu son référendum aboutir sur un non. Malgré cela et malgré l’élection de deux hommes: Helmut Schmidtpour l’Allemagne et Valéry Giscard d’Estaingpour la France, l’Europe est encore un nain sur le plan international. Avec la crise économique déclenchée par le premier choc pétrolier, les discussions à l’intérieur même de la communauté se mettent brusquement à durcir.

Extrait d’un article de Marc Crepponparu dans le hors série 210 du « Nouvel Observateur » consacré entièrement au philosophe allemand : Friedrich Nietzsche. L’article est intitulé : « Sommes-nous de bons européens. »

« Peut-on faire de l’unité de l’Europe une figure privilégiée de l’avenir sans lui donner la consistance d’une espérance. Peut-on croire à l’Europe si elle ne promet pas une nouvelle forme de communauté et de co-appartenance. Si l’affirmation d’un : « nous » inédit qui affranchisse les Européens de tout repli régressif sur les identités nationales des siècles passés n’en accompagne la construction. »

Si ces questions sont les nôtres aujourd’hui, elles furent aussi, il y a plus de 100 ans, quant les heurts entre les nationalités n’avaient pas donné la pleine mesure de sa puissance de destruction, celles de Nietzsche. Alors que du temps où il était professeur à l’université de Bâle, il avait souscrit sans réserve à une certaine foi dans l’Allemagne, à la conviction partagée que le renouvellement de la musique et la culture allemande, sous la puissane tutélaire de Wagner, devait oeuvrer au salut de la civilisation. Dès ses années d »errance au travers de l’Europe du Sud lui donne au contraire une certaine idée de l’Europe et de son unité en devenir, lui permit de combattre, sans relâches, ses démangeaisons nationalistes.

« Nous autres, bons européens » écrit-il dans « par delà le Bien et par le Mal » «nous avons aussi  nos heures de nationalisme, des moments où nous nous permettons un plongeon, une rechute dans de vieilles amours et leurs étroits horizons. Nos heures de démangeaison patriotiques où nous nous laissons submergé par toutes espèces de sentiments ataviques ». A ses pulsions réactives pour lesquelles il n’a pas de mots assez sévères: « infection nationaliste, auto- idolâtrie raciale, nationalisme de bêtes à cornes, folie nationaliste », Nietzsche oppose d’abord le constat de ce qu’il appelle : « le métissage européen ».

« L’idée d’une Europe constituées de nations cloisonnées opposées les unes aux autres, appartient déjà au passé et relève du mythe. Être un Européen exige au contraire qu’on prenne acte de l’affaiblissement des nations prises individuellement, qu’on reconnaisse dans l’accroissement du commerce et de l’industrie, dans la circulation des idées, dans des échanges de livres, dans l’extraordinaire mobilité des populations, dans l’augmentation du nomadisme, les signes de l’avenir, l’annonce d’une nouvelle forme de communauté.

Les nations européennes n’ont plus, depuis longtemps, une identité propre qui devrait être jalousement entretenue et protégée, sinon, sous la forme d’une fiction. La réalité de leur co-existence est bien d’avantage chaîne d’identités croisées , recoupées, voire indissociablement mêlées. A cet état de fait, inéluctable, le nationalisme crispé sur le passé n’a rien à opposer: aucune promesse, aucune attente crédible. Il est, par essence », écrit Nietzsche dans « humain trop humain » « un état violent de siège et d’urgence décrétée par une minorité subie par la majorité et il a besoin de ruses, de violences, et de mensonges pour se maintenir en crédit. »


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