– construction européenne 12: consolidation

La consolidation de l’Europe

En septembre 1946, Denis de Rougemont publie son premier discours sur «l’union de l’Europe». L’année suivante, Rougemont voyage aux Etats-Unis, occasion pour lui d’évoquer, avec Einstein, des problèmes de «l’union de l’Europe».

Fin août 1947, il revient en Europe et prend ses quartiers à Ferney-Voltaire.

Peu après, il prononce le discours inaugural du premier «congrès de l’union européenne et fédéraliste» d’où sortira le «congrès de la Haye».

Puis il donne lecture du message aux européens lors la séance de clôture du premier «congrès de la Haye», présidée par Winston Churchill. Message qu’il a été chargé d’écrire pour dégager le sens de cette manifestation.

Sous les hospices du mouvement européen, il ouvre, à Genève, un bureau d’études chargé de préparer la «conférence européenne de la culture». Puis il prend part, à Berlin, aux manifestations qui donneront naissance au «congrès pour la liberté de la culture ».

Il écrit et fait distribuer les lettres aux députés européens lors de «l’assemblée consultative du conseil de l’Europe».

Il rédige l’appel qui sera lu aux noms des 6000 étudiants européens manifestant devant «le conseil de l’Europe».

Enfin, il inaugure, à Genève, le «centre européen de la culture».

Entretemps, l’Europe des six est devenu l’Europe des neuf; le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark ont rejoint la communauté.

En 1974, Denis de Rougemont, l’européen convaincu et engagé, semble excédé.

– DdR: On a parlé en effet d’une Europe de la débandade. Ce sont les gouvernements qui ont perdu toute espèce de dignité pour continuer à avoir du pétrole. D’autre part, ce sont les compagnies pétrolières qui ont délibérément entretenu cette atmosphère de crise, de pénurie, de panique; il y a eu là, simplement, une collusion des grandes compagnies pétrolières et des gouvernements pour créer cette panique, céder tout aux producteurs de pétrole et, j’insiste beaucoup, on a pas le droit d’accuser le peuple européen de cette situation absolument déplorable et scandaleuse.

– Journaliste: Même l’Europe et les Etats-Unis, est-ce l’échec du projet de cette union européenne au niveau des gouvernements?

-DdR: C’est l’échec, à mon sens définitif, de «l’Europe des Etats», ou de «l’Europe des Patries» ou de « L’Europe des Nations ». Et tout cela je l’appelle «l’Europe des Etats-Nations» et il y a à peu près 20 ans que je dis que c’est impossible à faire. Que j’ai trouvé cette formule pour désigner cette ambition impossible de faire l’Europe par les gouvernements. J’appelle ça «l’Amicale des Misanthropes» et c’est une chose qu’on peut écrire mais qu’on ne peut absolument pas réaliser pour la bonne raison que si on fait une amicale alors on cesse d’être des misanthropes, dans le cas particulier, nationalistes à bloc. Ou si l’on cesse d’être misanthropes, alors on ne fait pas une amicale. Ce serait une contradiction absolue dans les termes. Alors cette formule-là, maintenant tout le monde le voit, c’est un progrès si l’on veut, on sait où est le mal. On a pu assez se disputer sur le diagnostic. Le pronostic est très simple. Ça ne se fera jamais, l’Europe par les gouvernements. Qu’est-ce qui va se passer à partir de là, moi, je laisse les gouvernements se débrouiller avec leur crise. Ce qui m’intéresse, c’est l’Europe là-dedans.

Quels sont les deux grands motifs pour faire l’Europe. Le premier était d’empêcher les Européens de se battre entre eux et je crois que ça on ne pourrait plus le faire et le second grand motif est d’empêcher que l’Europe soit colonisée, colonisée économiquement d’un côté, et politiquement de l’autre. Entendez-moi bien que je ne crois pas que les Américains sont de mauvaises gens et que les Russes soient de mauvaises gens. Je pense que la colonisation est une mauvaise chose. Alors qu’est-ce qu’il faut faire, puisqu’il faut faire l’Europe. Bien il n’y a plus qu’une solution, il n’y a plus qu’une issue, c’est faire l’Europe sans les gouvernements, c’est-à-dire au lieu d’attendre que les gouvernements nous fassent une Europe par en haut, et nous la donne en cadeau, toute faite, prête à porter, et il faut que nous, les citoyens, vous et moi, nous commencions tout de suite à nous mettre au travail là où c’est à la portée de notre main, et nous avons à faire de l’Europe là où nous pouvons, dans nos communes, dans nos communes et dans nos régions, voilà le mot de la situation. Au fond, ce que j’attends de la région, ce n’est pas seulement une relance de l’Europe, ce n’est pas seulement le seul moyen de faire l’Europe contre celle que les gouvernements ne veulent pas faire, mais c’est surtout un cadre nouveau de participation civique. La reprise de leur destin par les citoyens.

La voix de Denis de Rougemont ne sera guère entendue.

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