– construction européenne 13: consolidation

À quoi cela sert-il?

Pour dépasser les querelles comptables qui ont entaché les relations européennes pendant la «crise pétrolière», Helmut Schmidt et Valery Giscard D’Estaingremettent en selle «l’Europe monétaire» en proposant à leurs homologues la création du SME, le système monétaire européen. Les devis seront liés à l’unité de compte européenne que l’on va bientôt baptisée «écu». L’écu serait une sorte panier des états membres dont l’importance sera en fonction du poids économique de chacun. Dans ce calcul, l’Allemagne vient en tête, suivie par la France, l’Italie, et la Belgique.

La Livre anglaise ne fait pas partie du projet.

Le manque d’accords entre les neuf fait toujours partie du paysage et nourrit les caricaturistes de tous les journaux européens et extra-européens. Mais la machine est lancée.

Les Grecs, qui sortent du pouvoir fascisant, demandent à faire partie du convoi et sont acceptés.

Sur les mêmes arguments, l’Espagne et le Portugal se voient, dans un premier temps, refusés. Les agriculteurs français redoutent d’être submergés par les produits de la concurrence ibérique.

Au début des années 80, l’Europe traverse une crise d’euro-pessimisme des plus profondes. La situation internationale, suite au coup de force du Général Ceausescu en Pologne et l’installation des missiles américains sur le sol allemand, font redouter le pire. C’est dans ce contexte que la gauche arrive au pouvoir en France et qu’elle se lance dans une politique économique du «cavalier seul». Forte relance budgétaire alors que partout ailleurs, on pratique des politiques d’austérité.

Les projets de la communauté s’enlisent les uns après les autres.

Avec le deuxième choc pétrolier, le chômage commence à s’implanter durablement au-dessus de chaque pays, provoquant des replis instinctifs. Les barrières se redressent, notamment aux passages des frontières franco-italiennes et les blocages ne cessent de se multiplier entre routiers italiens et français.

A quoi sert donc le « marché commun » en 1984?

– Journaliste: Bruxelles, avec M.Albert Asope, directeur de l’union douanière à la CEE. Au vu de cette situation chaotique, à quoi sert le « Marché Commun ». Théoriquement ça marche, pratiquement, ça ne marche pas.

– AA: Cela dure depuis 25 ans déjà, et vous allez me demander pourquoi vous n’avez pas réussi à ce que ce passage des frontières ne se fasse pas sans difficultés. Pour ça, il faut se rappeler une image qui a été faite de la communauté, il y a 25 ans déjà, par notre premier président de notre commission, M Alstein, qui a comparé la construction européenne à une fusée à 3 étages. La première étant « l’union douanière », la deuxième étant « l’union économique » et la troisième, « l’union politique ».

En ce qui concerne le 1er étage, il est bien en place. Bien sûr, il y a encore quelques imperfections, mais l’union douanière est réelle.

-J: Restons au niveau du 1er étage de votre fusée, comment se fait-il qu’on ne puisse pas se mettre d’accord par exemple, et qu’il y a encore de telles différences entre la frontière française et italienne et la frontière franco-belge. Comment se fait-il qu’il y ait de telles différences, à quelques centaines de kilomètres près, sur le plan pratique, tout simplement?

-AA: Je crois que c’est surtout une question d’heures d’ouverture des bureaux. Et c’est là qu’on touche sur des problèmes d’ordres sociaux sur lesquels je ne me permettrais pas de me prononcer. Je peux seulement vous dire que dernièrement, «le conseil de la communauté européenne» a adopté une directive qui prévoit un élargissement non négligeable des horaires d’ouverture des bureaux de douanes. De sorte que d’ici peu, ce n’est pas une question de quelques jours, mais c’est une questions d’années, peut-être 18 mois, les horaires d’ouverture doivent être reportées à huit heures au minimum.

-J: On va passer, M.Aslop, aux deux étages suivant de votre fusée, l’union économique et l’union politique: est -ce que ce grippage que l’on constate et qui est assez considérable, qui pénalise le vacancier et toutes sortes de trafic et de négoce, ne vous apparaît-il pas qu’actuellement, la communauté, avec sa politique agricole commune et la contribution des Britanniques au budget, relance « l ‘Europe politique »? On parle même de la création d’une « défense commune ». Est-ce que finalement le négoce, le commerce, la vie quotidienne ne fonctionnant pas, n’est pas de nature à porter ombrage à ce dessein?

-AA: Je vous demande pardon. On parle beaucoup du renforcement du marché intérieur. Notre but est toujours de créer un marché commun, ce grand marché qui regroupe 250 à 300’000 millions de consommateurs qui pourrait fonctionner dans les mêmes conditions que le marché national tel que nous le connaissons actuellement.

« Voilà le but, voilà l’espoir, voilà le rêve» ironisait De Gaulle. Mais la réalité est moins évidente. La moindre avancée fait l’objet de négociations à n’en plus finir qui exaspèrera le plus patient. Lorsqu’il s’agit d’expliquer cela aux médias, la tâche devient la plus ingrate. A la question simple : « Comment faciliter la circulation aux postes de douanes? » La réponse l’est beaucoup moins.

-AA: Je dirais presque que c’est ma préoccupation quotidienne de faire progresser les choses, donc d’ enlever aux postes de douanes, leur travail. Mais pour ça, il faut passer par des mesures multiples, des mesures d’ordre législatif qui doivent forcément passer par une proposition de la commission, par le conseil et effectivement au conseil, on ne trouve pas toujours actuellement le concensus pour procéder à cette réalisation nécessaire.

– J: Donc pour l’heure, si l’on vous entend bien M.Aslop, vous ne pouvez que dresser un constat d’impuissance.

-AA: Je constate que nous n’avons pas encore obtenu suffisamment de résultats. Il nous faut continuer, mais je ne suis pas du tout découragé par ces difficultés du moment, actuelles et qui, périodiquement, se produisent.

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