– construction européenne 16: consolidation

Le Grand Nord dit «non»

L’espace économique européen vient de voir le jour à Porto mais le vent de la récession qui souffle sur l’Occident, en ce début de décennie 1990, vient s’installer durablement. D’autant que des signes d’essoufflement parviennent d’Outre-Atlantique, poussant Margaret Thatcher à faire entrer la Livre dans le système monétaire européen.

Deux crises majeures viennent s’ajouter aux facteurs du ralentissement général. L’invasion surprise du Koweit par les troupes de Saddam Hussein, et le début de la guerre en Yougoslavie.

Animées par de vieux réflexes diplomatiques, l’Allemagne et la France se disputent à propos de la reconnaissance de la Slovénie et de la Croatie, querelle qui s’étend à d’autres pays. Les divisions se multiplient. La récession de 1993 achèvent de mettre un coup au moral des peuples et des économies. Le taux de chômage en Europe atteint désormais les 11%.

Après le «non» de la Norvège à l’union européenne, on s’interroge. Survie ou déclin?!

Jean-Marc Béguin anime une émission spéciale depuis Bruxelles où vient de s’exprimer le président Jacques Delors.

-JD: Comme vous pouvez l’imaginer, nous sommes déçus parce que nous pensions que la Norvège pouvait apporter beaucoup à l’union européenne, ceci dit. Les Norvégiens sont les seuls juges de ce qui est bon pour leur avenir et au surplus, nous respectons ce scrutin dans un pays qui a toujours démontré un très grand sens démocratique.

En plus de l’éloignement de Bruxelles, qui est un vrai problème, je respecte ce sentiment, il me semble que les arguments économiques ont paru moins valables, moins pertinents aux Norvégiens, qu’ils n’ont paru aux Suédois et aux Finlandais. La Norvège pense qu’avec ses propres ressources, jusqu’à présent, s’est bien débrouillée. Elle a un taux de chômage faible, le niveau de vie est bon, c’est un pays qui vit paisiblement, c’est un pays qui joue un grand rôle international, par conséquent, ce pays pense qu’il peut continuer comme ça, sans pour autant être accusée, et personne ne l’accuse, de se replier sur lui-même ou d’égoïsme.

-J: Jérôme Vignon, vous êtes un proche de Jacques Delors qu’on vient d’entendre, vous êtes le directeur de la cellule de la prospective de la commission, c’est-à-dire que vous êtes de ceux qui imaginer un peu l’avenir de l’Europe, alors tout a été fait pourtant pour que les Norvégiens disent «oui» à un traité sur mesure, un traité de vote qui devait les emmener à emboîter le pas aux Autrichiens, aux Finlandais et aux Suédois, et voilà que 22 ans après un vote négatif, les Norvégiens disent à nouveau «non» dans les mêmes proportions. Alors est-ce que c’est un échec pour ceux qui ont pensé cet élargissement?

-JV: Je ne pense pas que ce soit un échec. Je pense simplement que c’est une leçon à méditer pour eux et l’un des chiffres les plus frappant pour nous, c’est l’importance de la participation des Norvégiens à ce scrutin. Un taux de participation de 88%, c’est quand même bien la preuve que tout a été fait pour qu’ils puissent se prononcer, pour qu’ils puissent débattre, et je dois d’abord admirer la qualité du débat démocratique en Norvège.

Et ensuite, en tant que petit artisan de l’ union européenne, je dois me demander si au-delà des arguments économiques auxquels Jacques Delors s’est prononcé, nous avons été suffisamment convaincants. Sur les autres raisons qui ne sont pas économiques, faire une union toujours plus étroite entre les peuples. Donc des raisons d’ordre politique et des raisons qui touchent à la fois, l’avenir du continent européen, puis aussi, et je crois que les Norvégiens y sont sensibles, l’avenir de la situation du monde, de la paix dans le monde.

-J: Lionel Fragnières, vous êtes le recteur suisse du collège de l’Europe à Brugges, est-ce qu’il n’y a pas un problème de crédibilité, d’image de la construction européenne?

-JF: Oui, dans une certaine mesure, vous pouvez en déduire cela du vote négatif des Norvégiens. Mais tout en étant très déçu de ce vote, car quand on est impliqué dans la construction de l’Europe, même si c’est à sa petite place, on nomme toujours que les pas en avant soient plus grands que les pas en arrière ou que les pas ralentis.

Mais il faut regarder ça un peu plus dans la perspective plus globale, plus du développement historique de ce siècle, ce n’est que le premier vote négatif sur l’Europe. Il y en a eu de plus importants. On oublie qu’un jour on a refusé la «Communauté de Défense» lors d’un vote du parlement. On a oublié le vote négatif des Danois au «Traité de Maastricht» qui me semble avoir été beaucoup plus secouant et plus important que ce «non» norvégien. Je le regrette parce que cela me paraît beaucoup moins sympathique pour la Norvège que je connais, Et il faudra attendre. Attendre peut-être encore une décennie pour élargir l’Europe à toute la Scandinavie.

Attendre, convaincre, faire preuve de patience. Les artisans de l’Europe y sont confrontés jour après jour, heure après heure, aux négociations. Depuis le début et encore pour longtemps.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :