– construction européenne 18: Maastricht

Préambule

Le traité de Maastricht

C’est la France qui manifestera ses inquiétudes et ses doutes quant à la construction européenne au moment du «Traité de Maastricht» en 1992. Tous ceux qui sont favorables au traité prononcent «Maastricht» tel que c’est écrit. Les opposants ridiculisent le nom, ou encore, avec «Maastrict», lui donnent une consonance faisant penser à un instrument agressif. De manière classique, ils ont a recours aux arguments du phantasme, une bonne façon de tester une population qui réagit à ce type de rhétorique, et elle va en avoir l’occasion, puisqu’un référendum va lui être proposé.

Il est notoire que le vote référendaire est, en France, comme bon nombres de pays, un vote d’humeur et d’émotion, bien plus que le vote électoral qui choisit les hommes et les femmes.

Voudrait-t’on sanctionner Mitterrand pour la conduite de sa politique? Son choix discuté de sa première ministre Edith Cresson? Toujours est-il que l’année suivante, ce sera une deuxième double-cohabitation pour François Mitterrand. Et une fois encore, par référendum, une population d’Europe va être amenée à choisir sa destinée. La réponse qui sortira des urnes influencera inévitablement les urnes des autres pays.

L’Europe et la Suisse

Comme mentionné dans l’article précédent, Jean-Pascal Delamuraz et Adloph Ogi, présents lors de la signature à Porto portant sur l’EEE (espace économique européen) se disent que la Suisse va naturellement prendre le train en marche, qu’elle ne saurait faire cavalier seul. Et pourtant! Le résultat des urnes en décidera autrement, la Suisse dira «non» en 1992.

A la lecture des éditoriaux du lendemain, on se rend compte à quel point, dans une partie du pays, ce choix a été perçu comme un véritable cataclysme.

Etait-ce le bon choix, compte tenu des difficultés dans lesquelles s’est trouvée plongée l’Europe depuis cette dernière décennie, ou bien la Suisse a-t-elle loupé le coche?

Pour les pro-européens convaincus, c’est une vision de regret. Et même si on peut comprendre que l’intégration de la Suisse à la Communauté Européenne lui pose des tas de problèmes par rapport à la neutralité, par rapport à la démocratie directe, par rapport au secret bancaire, par rapport à cet équilibre très fragile entre les différentes régions. Dans quelles mesures la participation de la Suisse à l’Europe pourraient distendre les liens entre les différentes régions.

Il vrai que l’intégration de la Suisse à l’Europe pose plein de questions, des questions plus fondamentales qu’à bien d’autres pays. La Suisse donne l’image d’un pays un peu égoïste, un pays qui se contente des avantages des accords bilatéraux, un pays qui veut profiter des avantages de l’Europe mais pas les inconvénients; mais qui ne peut pas participer non plus aux décisions.

Il ne faut pas oublier que cette réticence de la Suisse face à l’Union Européenne dure depuis longtemps. La Suisse participe au Conseil de l’Europedepuis 1963. Même si on observe en Suisse qu’en 1962, au moment où la Grande-Bretagne fait une demande d’adhésion, voyant que la zone de libre-échange va disparaître et que la Grande-Bretagne va entrer dans le «Marché Commun» à court ou moyen terme, Friedrich Wahlen, qui était alors chef du département politique fédéral et qui était aux affaires étrangères, va proposer à Bruxelles un désir de participation de la Suisse sous une forme appropriée au «Marché Commun». C’est-à-dire sous une forme d’association. Et quand on regarde la proposition, elle va beaucoup plus loin que l’espace économique européen! Friedrich Wahlen était favorable à un rapprochement de la Suisse à l’EEE.

En cela, De Gaule fera plaisir aux Suisses en refusant l’adhésion de la Grande-Bretagne au «Marché Commun». Il les soulagera.

Pour en revenir à la Suisse et à l’EEE, la Suisse est partagée entre le fait de rester en dehors pour les raisons invoquées et en même temps à participer aux avantages et aux bénéfices de l’intégration européenne, que ce soit dans le domaine économique et social, que ce soit dans le domaine de l’espace Schengen, dans la politique de l’asile, etc. Mais elle est tiraillée entre deux choses: d’une part une majorité des politiques et le conseil fédéral sont favorables, et une opinion qui y est opposée. Et là, l’échec de la votation en 1992 sur l’adhésion à l’EEE a différentes raisons:

– Le fait que ce projet soit porté par deux Romands : Jean-Pascal Delamuraz qui est chef du département de l’économie publique, et René Felber qui était le chef du département des affaires étrangères, deux Romands qui vont défendre un projet face à une majorité alémanique très réticente à l’idée de l’intégration européenne pour des raisons liées à l’histoire, liées à l’Allemagne, liées à leur propre identité. Les Suisses-allemands ont une vraie langue et sont différents des Allemands. Il y a une réticence alémanique beaucoup plus forte à l’idée de l’Europe qu’en Suisse-romande.

– Le fait que des conseillers fédéraux comme Otto Stich, socialiste, n’ont pas hésité de montrer qu’ils étaient opposés à l’EEE, n’a pas favorisé un vote populaire. Il aurait fallu, depuis plus longtemps, prendre son bâton de pèlerin et contacter tous les citoyens pour les persuader des intérêts de l’espace économique européen de la même manière que les Autrichiens ont préparé pendant plus de deux ans le vote sur l’adhésion.

Les politiques autrichiens ont fait un vrai travail en profondeur auprès de ses citoyens.

Les choses doivent être rapides en Suisse. Un vrai combat dans une Suisse qui ne croit pas en l’Europe ni au «Marché Commun». Et d’un coup, on va demander l’adhésion à l’EEE!

En 2001, l’initiative qui demande qu’on réactive immédiatement la demande d’adhésion à l’Europe, près de 77% des Suisses ont dit «non». Après neuf ans, il y a plus de votes négatifs qu’en 1992!

Ce n’est pas forcément lié à l’«euro», mais plutôt au scepticisme croissant lié à l’Europe, lié au fait que l’on avait dit à l’époque: «si vous n’y adhérer pas maintenant à l’EEE il y aura des catastrophes, des répercussions négatives sur l’économie» et cela ne s’est pas produit.

Finalement, la voie des bilatérales fournit les avantages pour résoudre les problèmes économiques et sociaux et paraissent être une voie suffisante pour tout le monde. Seuls, Blocher et son parti l’UDC, y sont opposés.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :