– construction européenne 23: Maastricht

Le traité de Maastricht, la voix de la France.

L’attention des européens se tourne donc maintenant vers la France, où le référendum pour la ratification du «Traité de Maastricht» est fixée au 20 septembre 1992. Au mois de juin, les prévisions de vote donnent le «oui» gagnant, avec les 2/3 des électeurs, ce qui pousse sans doute le président François Mitterrand à l’organisation du référendum.

Au cours de l’été, sans qu’un quelconque événement particulier vienne troubler la vie politique, une augmentation nette des intentions du vote négatif commence à se dessiner.

La popularité du président Mitterrand baisse depuis longtemps. Elle s’accentue au cours de cette année par une nette détérioration de l’économie et la croissance continue du taux de chômage. Le résultat du «non» danois pourrait bien avoir des effets tardifs.

Outre la mauvaise humeur croissante vis-à-vis du gouvernement français, ressurgissent également, avec une force inattendue, les thèmes traditionnels du nationalisme français, alimentés par le spectre d’une Allemagne réunifiée et puissante.

A partir de la 2ème semaine du mois d’août, les sondages d’opinions commencent à enregistrer la diminution rapide des votes favorables. Le 26 de ce mois, c’est le coup de théâtre. Le «non» prend, pour la 1ère fois, l’avantage.

A ce stade. Les partisans du «oui» qu’ils soient du gouvernement ou de l’opposition, font corps et se mobilisent pour se jeter dans la bataille. Face à un tel sursaut d’arguments, le réveil de l’opinion se montre exceptionnel, et pour la première fois, les thèmes européens enflamment les esprits et l’intérêt du public.

Le reste de l’Europe attend ce résultat non sans une certaine anxiété. La France a déjà marqué une première fois son refus à «la Communauté de défense», s’il advenait qu’elle le fasse une fois encore, ce serait l’annulation pure et simple du traité et une menace directe pour la clé de voute de la structure européenne, l’axe franco-allemand. Les scénarios les plus pessimistes sont d’ores et déjà retenus par les opérateurs du monde de la finance internationale.

Le 20 septembre 1992.

– Journaliste : A vu des chiffres presque définitifs, le «oui» emporte à 50,95% des suffrages. 70.5% des électeurs se sont déplacés aux urnes, une participation plus élevée que celle qui était prévue par les observateurs. Cela dit, 400’000 voix d’écart sur 26 millions de votants, ce n’est pas énorme. Ce qui permet aux opposants de conserver une certaine pugnacité. Partisan convaincu du «oui» le président de la commission européenne, Jacques Delors, avait affirmé à vouloir démissionner de ses fonctions si la ratification était rejetée. Jacques Delors, qui s’est exprimé hier soir, de son bureau dans la capitale européenne Bruxelles, comme pour donner plus de poids à ses déclarations.

– Jacques Delors : Merci pour la France dont chacun a pu se rendre compte, au cours de cette campagne digne et riche qu’elle focalisait l’attention du monde entier, compte tenu du rôle éminent qu’elle a joué depuis le début de la construction européenne, pour lui donner une vision, pour en faire un projet porteur d’avenir.

Oui merci pour l’Europe qui, riche de ses traditions, de ses cultures et sa diversité a encore à jouer un rôle dans un monde à mutation rapide, dans un monde chargé de risques et d’aléas, dans ce monde à la recherche de règles communes, pour pouvoir vivre dans la paix et l’ouverture à tous les peuples.

–  Journaliste : Ce matin, il ne manque plus que les résultats des territoires d’Outre-Mer, mais on le rappelle, c’est un «oui» à 51% contre 49% qui l’emporte. Le correspondant à Paris, que penser de ces résultats?

– Le correspondant : Alors bien avant d’être la victoire du «oui», c’est surtout le «oui mais» qui l’a emporté. La France, à l’issue de ce scrutin, se retrouve morcelée. Aussi si une très mince majorité des électeurs se sont prononcés donc pour le «oui», on retrouve, paradoxe, une majorité de départements favorables au «non». Les Français confrontés à un choix trop catégorique à leur goût, entre un «oui» sec et un «non» sans nuance, ont voulu montrer, par l’étroitesse du résultat, que si ils se sentaient européens, ils ne désiraient pas pour autant tomber dans les bras des constructeurs de l’Europe ni offrir un triomphe au président de la République. Le «oui mais» traduit l’espérance européenne, des Français et l’inquiétude d’un avenir qui ne les enthousiasme pas. La France se retrouve ce matin, une fois de plus, coupée en deux. Ce n’est plus la droite contre la gauche, mais les villes contre la campagne, les pauvres contre les riches, Paris contre sa banlieue. Une nouvelle carte géopolitique que le pouvoir devra prendre en considération, pour les partisans du traité de l’union européenne que ce «oui» a une valeur de symbole, celui d’un renouveau de l’idée européenne, malmenée par le «non» danois.

Tout irait mieux dans le meilleur des mondes, si la perfide Albion ne faisait, une fois encore, parler d’elle.

– Journaliste 1 : Colère à Bruxelles après la décision de John Major de repousser la ratification du «Traité de Maastricht» en mai prochain. Colère, car le premier ministre britannique avait promis cette ratification avant Noël. Mai 1993 donc, c’est la date à laquelle devrait se tenir le 2ème référendum danois toujours sur le fameux traité. Voilà pour l’explication officielle avancée par le premier ministre britannique à ce renvoi, mais il y en a peut-être une autre, inavouée celle-là, le résultat très serré du vote de la chambre des communes sur l’ouverture du processus de ratification.

– Journaliste 2 : Nouvelle reculade pour John Major. Sa modeste victoire à la chambre des communes a sans doute fait réfléchir à deux fois le premier ministre. Il aura fallu, en effet, tous les pouvoirs de persuasion des chefs de groupes parlementaires pour convaincre certains anti-Maastricht de ne pas mettre en difficulté le gouvernement. Mais le noyau dur des euro-sceptiques avaient déjà annoncé qu’il lancerait une bataille de procédures pour retarder la ratification. En reportant la 3ème lecture, John Major tente d’amadouer à moindre frais les euro-sceptiques. Le premier ministre ne peut pas en effet prendre le risque d’être ridiculisé avant le sommet européen! Les travaillistes ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient au texte présenté à la chambre en septembre prochain, puisqu’il n’inclut pas la charte sociale adoptée par les autres membres de la communauté. Désavoué sur l’ensemble de sa politique, John Major comptait sur Maastricht pour assoir son autorité. Encore une fois, le premier ministre a fait fausse route.

http://europa.eu/legislation_summaries/economic_and_monetary_affairs/institutional_and_economic_framework/treaties_maastricht_fr.htm

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