– la construction européenne : le film-2

La négociation.

Extrait du film :

La scène se passe à Bruxelles, lors du sommet des Quinze, en octobre 2002. Elle ouvre le film documentaire de Christoffer Guldbrandsen.

Anders Fogh Rasmussen, premier ministre danois et Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, lors du sommet de Copenhague en 2002. [keystone]

«Non, non, non. Politiquement, je ne peux pas. J’ai déjà annulé ce matin deux manifestations avec les agriculteurs, ils vont être furieux. Je peux tout accepter mais je ne peux pas revenir avec une incertitude». Le doigt de Jacques Chirac est levé, presque menaçant.

Le président français poursuit en posant, cette fois, une main amicale sur l’épaule du premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen: «J’en ai parlé avec Verheugen, le commissaire européen à l’élargissement, il comprend très bien.» Un sourire, les deux hommes se séparent. La caméra enchaîne sur le chancelier allemand, Gerhard Schröder, pendu au téléphone. «Chirac est intraitable, Schröder doit accepter l’accord. Les aides agricoles ne seront pas modifiées»

Ce film est passionnant. On est derrière les images d’un télé-journal où l’on voit des hommes politiques qui descendent d’une voiture, qui entrent dans une séance et qui en sortent avec des déclarations type langue de bois, un communiqué de presse : «Tout s’est bien passé».

Dans ce documentaire, on est à l’intérieur, avec le premier ministre danois et tous les hommes qui participent au sommet de Copenhague. On est avec les conseillers du premier ministre. On assiste aux marchandages, aux négociations, aux discussions.

La technologie et la miniaturisation des moyens techniques pour la télévision permettent ce genre de choses. L’équipe, étant légère, se remarque peu. Les hommes politiques, par certains moments, ne réalisent pas qu’il y a une caméra qui les filme.

Quand on regarde ce film et qui frappe, c’est le rôle du premier ministre danois d’un petit pays qui avait dit «non» à Maastricht, puis «oui» en ayant obtenu des avantages, et qui préside pendant six mois l’Union Européenne, donc qui préside le sommet de Copenhague. C’est lui qui négocie, qui fait l’intermédiaire entre les différents pays. Rasmussen est l’homme politique clé incontestable pendant quelques jours, malgré le poids de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et le poids de la France.

Ce film est consacré à cette réunion du sommet de Copenhague, à l’élargissement, aux conditions de l’élargissement de l’Union Européenne aux pays de l’Est, et on assiste aux négociations, aux discussions.

La 2ème chose qui frappe, c’est le côté marchandage, un marchandage de tapis.

Ce sommet de Copenhague, qui est un sommet historique, concrétise l’élargissement de l’Europe vers les pays de l’Est, car dix pays qui vont entrer.Qui aurait imaginé il y a 20, 30, 40 ans, que la Pologne, La Hongrie, l’Estonie. La Lituanie, etc.. allaient entrer dans le Marché Commun! Dans ce documentaire, ça se fait maintenant et c’est historique.

Et de quoi parle-t-on?! On ne parle pas culture, on  ne parle pas institutions, on parle intérêts nationaux, on parle gros sous et on voit le premier ministre danois qui va recevoir tous les pays qui vont arriver et qui fait ses comptes.

Il y a un milliard 300 millions d’euros à disposition et on va donner 60 millions à celui-là, 40 millions à l’autre. On a le sentiment qu’on ne parle qu’argent et qu’on est en même temps dans un club de copains. Quand ils arrivent et se retrouvent : « salut, comment vas-tu? », et ça humanise la politique européenne.

En même temps ce qui est aussi frappant, c’est que ça ramène aux questions de négociations. On voit le poids des intérêts nationaux quand on voit Jacques Chirac qui dit : « Mais enfin, je ne peux pas accepter ça, je vais avoir les agriculteurs sur le dos! », donc ce n’est pas le bien commun de l’union européenne qui compte, lui il pense aux agriculteurs, il pense à sa politique.

On voit bien d’ailleurs comme les Polonais vont être notamment avocats à leurs propres causes et comment ils jouent. Quand ils négocient, ils sortent téléphoner au principal parti de l’opposition et on voit bien le poids des intérêts nationaux, le poids des lobbies. Tout cela extrêmement révélateur. Le Polonais qui est celui qui va toucher le plus d’argent dans cette négociation de marchands de tapis et il défend les intérêts de son pays. Il les défend pied à pied, et au moment où il a trouvé un accord avec le premier ministre danois, il sort, revient dix minutes après, et le conseiller du premier ministre dit : « Attention, maintenant, il va discuter des quotas laitiers! »

Si le premier ministre montre ce film en Pologne, il peut dire : « Vous voyez, je me suis battu! » Il peut dire à ses paysans, à ses agriculteurs, à ses ministres, à ses électeurs: « Voyez comment j’ai défendu les intérêts de la Pologne! »

C’est ce que fait Chirac avec ses électeurs.

Si il y a une désaffection des citoyens vis-à-vis de leurs politiques, ce film est un formidable outil pour se réconcilier au moins avec ses propres responsables, car ces derniers sont de très bons avocats pour leur pays. IL montre à quel point il y a une défense des intérêts nationaux même si on peut regretter que l’on pense plus aux intérêts nationaux et non aux politiques communes et aux intérêts de l’Europe.

Alors ce film pose une question: ce film peut favoriser l’euro-scepticisme ou au contraire, donner de l’eau au moulin des Européens convaincus.? Car s’il montre à quel point chaque pays défend ses propres intérêts et, en même temps c’est toute la beauté du geste européen, se lance dans une aventure commune.

Pour les Européens convaincus, il prouve incontestablement qu’il vaut mieux être dedans que dehors. Pour les Euro-sceptiques, ça peut les confirmer que finalement l’Union Européenne n’est qu’une question d’argent. Où sont les idéologies, où est la politique commune en matière de défense, où est la politique commune en matière de culture, où est la politique commune en matière sociale?!

Il ne faut pas oublier que l’on voit qu’une partie. La négociation à laquelle on assiste porte sur l’intégration des dix pays, donc le prix que l’Europe va payer pour leur permettre de supporter ce choc qui est cette intégration à l’Europe. On ne voit pas toutes les sortes de négociations qui se passent dans d’autres domaines.

L’effet d’un film est toujours réduit. Ce n’est pas lui qui peut régler le problème majeur auquel est confronté aujourd’hui l’Europe, cette absence d’identité commune et cet espèce clivage entre le citoyen et l’Europe. Les Européens, les Bruxellois, les responsables de l’Union Européenne n’ont pas réussi à convaincre les citoyens de l’intérêt majeur pour eux de l’Europe. Il y a un scepticisme qui est normal. C’est une évolution plus globale de la société et les choses ont été tellement vite que les citoyens n’ont pas encore digéré cet immense changement.

Les pères fondateurs de l’Europe n’auraient jamais imaginé, il y a 40 ans, que les choses iraient si vite. L’Europe a besoin de lenteur pour digérer ce bouleversement, cet immense changement qui est intervenu, et il y en aura d’autres. Maintenant, il y a un projet de Constitution Européenne, qui est une convention qui a été approuvée par Giscard D’Estaing, donc on avance étape par étape, vers l’intégration européenne.

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