– Europe: lobbies et sectes à Bruxelles – 4 – lobbyiste1

Le point de vue d’une lobbyiste: 1

Catherine V. est française, mais vit depuis plus de 30 ans en Belgique. Elle est née en France où elle y a fait ses études universitaires à Nantes et à Paris. Diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, elle a fait un master en Droit européen à« L’European’s Institut » à Amsterdam et un stage à la Commission européenne. Ce sont presque des passages obligés quand on veut devenir lobbyiste et connaître la machine européenne.

C’est le hasard, mais aussi un choix et un goût personnel qui l’ont amenée à travailler dans le lobby. Elle aime assez les affaires politiques et a une bonne connaissance en communication et en relations publiques.

Bien qu’au début de ses études de droit, elle ait envisagé de devenir avocate, les difficultés de trouver un travail étaient nombreuses. Il n’y avait pas la reconnaissance des diplômes et il lui a été difficile de s’inscrire au Barreau de Bruxelles étant donné qu’elle n’avait pas encore fait le Barreau de Paris. Les équivalences des diplômes n’étaient pas encore assurées.

Elle a trouvé un poste par hasard, à Bruxelles, dans le lobby et a commencé à travailler dans un gros cabinet de consultants anglo-saxons qui venait de créer un service européen juste après l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’UE.

Les Britanniques, comme les Américains, sont à l’origine de lobbies. Pour ces derniers, c’est une profession tout-à-fait normale, reconnue, appréciée et considérée comme une profession très utile. Le travail de Catherine V. consiste notamment à travailler avec des partenaires ou associés, les aider à prendre des contacts avec les fonctionnaires de la Commission européenne, pour rédiger des textes comme le droit des sociétés, le droit fiscal et aussi les normes comptables où là, les sujets techniques sont très importants. Il y a une très bonne entente entre les fonctionnaires de la Commission européenne et les différents experts comptables qui viennent des différents Etats membres.

Il faut savoir que la Commission européenne à Bruxelles ne compte que 20’000 fonctionnaires pour faire marcher la grande machine européenne. C’est moins que les fonctionnaires qui travaillent en ville de Paris.

Pour le travail colossal qui est fait, compte tenu des différents élargissements et les différentes compétences qui ont été accordées à la Commission européenne, ces 20’000 fonctionnaires ne sont pas nombreux. Donc très souvent pour eux, les lobbyistes sont des sources d’informations qui leur apportent des expertises, des connaissances de terrain. A terme, les fonctionnaires européens sont très ouverts aux compétences et aux expertises des lobbyistes.

Le premier travail du lobbyiste est un travail de veille. Avant de rencontrer les gens, il faut savoir ce qui se passe. Le lobbyiste ne va pas aller déranger des fonctionnaires, aussi bien à la Commission européenne qu’au Parlement européen, lorsqu’il n’a que des questions vagues à leur poser.

Le dossier doit être très bien préparé. Au lobbyiste, dans ce travail de recherche et de veille, de détecter les grandes tendances, les grands principes, les grandes mouvances, savoir dans quels domaines la Commission va agir, si cela va affecter son secteur, sa société et également affecter un secteur voisin du sien. Car le lobbyiste risque, dans une étape ultérieure, d’être lui-même affecté.

C’est la même chose avec les arrêts de la Cour de Justice qui souvent créent des précédents et qui déclenche un effet domino, touche une société ou un secteur et, ultérieurement, touche une autre société, un autre secteur.

Donc, le lobbyiste fait surtout un travail de veille très important. Il va chercher un peu partout, prendre la tendance qui se dessine et la trouve, en général, dans les programmes annuels que la Commission annonce tous les ans.

Catherine V sait qu’au Parlement européen, il y a beaucoup de députés qui la poussent dans un sens. Elle demande à un autre conseil de la Commission d’intervenir dans tel ou tel domaine, donc c’est à ce moment là que le travail du lobbyiste se doit d’être extrêmement vigilant et agir le plus rapidement possible.

Il y a environ 15’000 lobbyistes à Bruxelles et, à l’heure actuelle, le registre qui a été mis en place est tout-à-fait volontaire. Parmi les grands lobbyistes, il y a toutes les grandes fédérations européennes.

Les premiers lobbyistes ont été les agriculteurs comme on le sait, compte tenu de l’importance de la politique agricole commune. Et les agriculteurs sont les premiers à manifester à Bruxelles, devant le Conseil, devant la Commission, lorsque les décisions ne leur conviennent pas.

Il y a de grandes fédérations européennes, de grands lobbyistes, de grandes sociétés qui agissent eux-mêmes via d’autres fédérations européennes. Mais les grandes fédérations européennes sont devenues elles-mêmes de grandes machines à gaz qui viennent pour se défendre et se protéger de façon plus directe. Elles ont des représentants qui interviennent directement auprès des fonctionnaires de la Commission.

Une société défend ses intérêts et il y a en face des sociétés, des groupes de lobbyistes qui représentent les consommateurs, l’environnement, les syndicats. C’est un grand mélange, une grande confrontation de points de vue qui ne convergent pas et sont même souvent opposés.

Un fonctionnaire commence à rédiger une première élaboration de texte qui fera un peu la part des choses entre les uns et les autres.

Souvent, les fonctionnaires s’inspirent de textes de loi qui sont déjà mis en place dans certains Etats membres plus en avance dans certains domaines, notamment ceux de l’environnement. Ils se basent sur des textes existants pour entraîner une décision communautaire et faire une règlementation minimale pour tout le monde.

Ce n’est pas un travail de l’ombre. Il y a toujours certaines personnes qui travaillent dans l’ombre, mais officiellement, les grands groupes, comme les fédérations européennes travaillent tout-à-fait à découvert.

Il est vrai que l’on parle souvent des lobbyistes en termes assez négatifs, mais chez les anglo-saxons, c’est une pratique tout-à-fait normale, reconnue et considérée comme fort utile.

Catherine V. pense que les pays latins ont tendance à considérer les lobbyistes comme des hommes de l’ombre, qui travaillent très discrètement, et qui font d’abord passer leurs intérêts privés.

Il est clair qu’un lobbyiste doit pouvoir défendre les intérêts de sa société et c’est légitime. Mais il a en face de lui des groupes qui défendent des intérêts opposés, qui vont argumenter : « cette société Untel défend tel point de vue, je trouve cela tout-à-fait scandaleux, c’est une honte, c’est contre les intérêts des consommateurs, contre l’environnement, et nous vous demandons de ne pas en tenir compte. »

Le fonctionnaire commence à rédiger un projet, trouve un modus vivendi, cherche une solution, et fait un texte de dispositions qui doit être acceptable pour tout le monde.

Les extrêmes ne sont jamais bien vus, donc le lobbyiste ne peut pas rester campé sur des positions qui sont rétrogrades ou au contraire essayer de faire passer des positions qui sont tout-à-fait avant-gardistes, même si elles seraient souhaitables. Des intérêts économiques extrêmement importants sont en jeu, notamment dans le cadre de la crise économique. Il faut toujours faire des compromis entre les positions des uns et des autres et, parmi les lobbyistes, il y a beaucoup de gens comme des avocats, des juristes, des économistes etc…



 

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