– Europe: lobbies et sectes à Bruxelles – 8 Impuissance et stratagème

Impuissance et stratagème – 2

Juin 2009, les élections passées ont fait les comptes. En 1979, le taus de participation était de 63%. Pour le 30ème anniversaire, le taux a chuté: 43%.

Le lendemain des élections, dans le quartier européen de Bruxelles, avecMartin Pigeon(guide du Lobby-Planet)

Il y a le Rond-point du Boulevard Schuman qui est un peu le centre névralgique de ce quartier. [carte 1]

L’Avenue de Cortenbergh mène vers le Siège d’Orientation des Employeurs qui s’appelle « BusinessEurope » et qui est dirigé jusqu’à la fin juin par Ernesto Selda, ancien président duMEDEF.

Il y a deux très grands centres de presse internationaux dont un s’appelle le «IPC and British Center» et l’autre, La Résidence Palace[image2] qui abrite les correspondants permanents de la plupart des grands centres de réseaux des médias, TV, radio et presse écrite. Même si cette dernière se fait un peu écrémer ces temps.

Le lobby est apparu dans le Quartier Européen et c’est un phénomène qui est monté en puissance dans le courant des années 1980, avec l’apparition de lobbies très importants comme les représentations telles que « E.R.T Center Funds Traders », la Table Ronde européenne des industriels et qui est un rassemblement des principaux chefs d’Etats et des chefs d’entreprises les plus importantes. Ce qui a joué un rôle très important dans l’impulsion qui a été menée sous la présidence de Jacques Delors.

C’est à la Commission de relancer les projets européens qui sont très axés sur l’économique.

C’est la tunique. C’est la monnaie unique.

On ne peut pas attribuer à l’E.R.T la totalité de ces actes. Les Etats les ont aussi soutenus. Mais on y retrouve des éléments très sensibles qui ont permis à Jacques Delors de s’appuyer sur un réseau trans-européen pour faire également du lobbying auprès des chefs d’Etat.

Ce sont vraiment des lobbies de ce type qui ont joué un rôle très important et qui ont permis une impulsion générale. Ce sont des lobbies qu’on pourrait considérer comme des cercles de réflexions. C’est-à-dire que ce ne sont pas des gens qui vont aller travailler tellement sur le détail des propositions politiques, mais qui vont plutôt travailler plutôt sur les grands axes. Ces grands axes politiques, la stratégie du Traité de Lisbonne par exemple, leur doit beaucoup.

Donc le lobby s’est considérablement développé en 1990 avec l’arrivée, à Bruxelles, de grosses structures comme la Chambre américaine du Commerce, qui a importé à Bruxelles des techniques de propagation intérieure qu’on trouvait plutôt à Washington.

Les supposés 15’000 lobbyistes entrent-ils dans la catégorie du terme « générique »?

Le fait d’être considéré ou pas comme un lobbyiste est un enjeu de pouvoir.

Par exemple, le Registre des lobbyistes que la Commission veut mettre en place est, pour l’instant, un registre volontaire facultatif. Un certain nombre d’entités refusent de s’y inscrire, comme le Fake Time par exemple, et qui se battent becs et ongles pour refuser d’y entrer avec les arguments tels que: « Non, nous ne sommes pas des lobbies, mais nous sommes des cercles de réflexions ». C’est fallacieux comme argumentation. Et ces gens-là paient un espace de parole pour véhiculer certains messages.

Donc la définition du lobby, enfin la représentation des intérêts à la Commission, c’est toute personne qui, par un biais ou par un autre, tente d’influer sur un sujet politique.

Une dernière dimension sur laquelle il faut aussi insister, c’est qu’à Bruxelles, et particulièrement dans le quartier européen, c’est un quartier qui n’est pas en complète isolation, mais un quartier qui a une vie complètement détachée de la vie ordinaire.

C’est un quartier d’expatriés et il y a assez peu de communications entre les gens qui travaillent au niveau européen et les Bruxellois. Tous les jours, les gens vont manger ensemble, font la fête ensemble, mettent les gamins dans les mêmes écoles, font du sport ensemble, etc… Ils sont donc bien occupés, ont un profil similaire, parlent plusieurs langues et sont très éduqués.

De ce fait, cela donne des itinéraires professionnels où il n’y a pas de sentiments de séparation des rôles.

Celui qui commence sa carrière comme assistant parlementaire, ou jeune journaliste, ou stagiaire à la Commission par exemple, aura un peu d’expérience du paysage institutionnel. Il se trouve un premier emploi dans une agence de conseils, ou pour une représentation professionnelle, ceci pendant quelques années. Puis il se dit que finalement, le salaire de la Commission n’est pas mal. Il commence donc à passer des concours, et si il réussit, parce qu’il y a de plus en plus de demandes, il fera peut-être 10-15 ans comme fonctionnaire, puis repassera peut-être dans le privé au plus haut niveau.

Il y a, comme dit en France, « le pantouflage ». C’est-à-dire qu’il y a des gens qui sont d’anciens directeurs à la Régie du Commerce et qui sont allés dans un cabinet d’avocats où ils sont devenus conseillers des multinationales dont ils s’occupaient précédemment à la Commission. Ceci sans période de délai particulier.

Il n’y pas de code de conduite obligatoire sur la question. C’est une dimension très importante parce que la plupart des gens à qui on pose la question : « Mais vous avez représentez les intérêts du commerce, ou vous n’avez pas l’impression qu’en tant que membre de syndicaliste, etc.. », ne vont pas forcément avoir ce sentiment-là. Ils diront : « Non, j’ai essayé de faire mon boulot le mieux possible » et, la plupart du temps, ils sont tout-à-fait sincères.

C’est un problème structurel. Il n’y a pas 70% de gens « très méchants ». Mais, in fine, il y a une législation qui favorise très largement les intérêts du secteur privé.

Il n’y a que le privé qui ait les moyens de se représenter en majorité à Bruxelles.

Il y a un Etat qui est omniscient, omniprésent, qui sait tout et qui n’a rien de besoin de rien. Ce n’est pas inintéressant qu’un législateur s’occupe de l’avis des gens concernés par la législation sur sa proposition. Cette notion de négociation, de compromis sont importantes. Après, c’est un phénomène de rapports de forces. Quand il y a cette contrainte, la question se pose, et cela concerne plutôt les journalistes, ça concerne l’espace publique européen, ça montre qu’il n’y a pas ou peu de pouvoir contre-européen.

En France ou en Allemagne, la société civile suit les affaires politiques, a des traditions, des repères, connait les mots, les symboles. Tout cela fait partie d’une tradition sur laquelle la société peut s’identifier.

A Bruxelles, les débats sont très techniques et généralement en anglais, qui n’est pas la langue maternelle de la plupart des gens qui y travaillent. Il y a donc un certains nombres de filtres, qui se mettent en place mécaniquement et qui font qu’en plus, le Parlement n’a pas le dernier mot.

Au niveau du législateur, cela reste encore de la négociation entre les Etats, qui eux ne sont pas responsables démocratiquement. Chaque représentant d’Etat est, quand tout se passe bien, généralement le responsable démocratique. Mais les négociations que mène le représentant permanent, qui est le représentant de l’administration nationale, sont très technocratiques. Ce sont les hauts fonctionnaires des différentes administrations nationales qui négocient leurs « trucs » ensemble.

Il n’y a pas de regards démocratiques, pas de responsabilités politiques.

Les gens ont voté pour le Parlement, pour les élections parlementaire, ce qui peut rendre optimiste. Il a eu une tentative d’instrumentalisation de la nomination du président de la Commission de type : « Ah, peut-être que Durao José Manuel Barroso n’a pas fait un si bon boulot » et sa reconduction ou non, peut être un enjeu politique. les Verts ont essayé de le faire. Ça a été un échec et on s’achemine vers une reconduction de Barroso, ce qui est une catastrophe. Un point de vue qui est largement partagé et qui est le plus petit dénominateur commun.

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