– Europe: lobbies et sectes à Bruxelles -10 Impuissance et stratagème

Impuissance et stratagème – 4

Pour ce qui est des élections en juin 2009, compte-tenu de son investissement, du travail qu’a fait Quentin Dickinson, ce dernier vit très mal cette abstention massive des européens.

Cela signifie, pour lui, que depuis plus de 20 ans, il parle d’affaires européennes à hautes doses sur les différentes chaînes de radio-France et radio-France Internationale, dans le monde, dans l’Europe, pour environ 48 millions d’auditeurs. Il faut croire que ces auditeurs n’écoutent ou ne comprennent pas ce qu’on leur dit. Cela veut dire qu’en réalité, il s’exprime mal ou pas clairement et il prend cela assez personnellement.

A l’intérieur du Parlement, c’est pris avec philosophie, sans réactivité particulière. Et si les décisions ne sont pas prises, alors lesquelles prendre! Dans les prochains mois mois, Q. Dickinson peut déjà prévoir qu’en 2014, aux prochaines élections européennes, le taux de participation va être encore plus faible que celles de 2009.

Q. Dickinson pense que les questions européennes paraissent-elles opaques aux yeux de l’opinion publique, aux yeux des gens.

Tout système politique est opaque d’une certaine façon vis-à-vis des citoyens qu’il prétend servir et qu’il sert dans la plupart des cas de par ses structures même. Il est opaque par le jargon qu’il engendre, qui n’est partagé que par le microcosme politico-médiatique du pays en question.

L’architecture institutionnelle européenne n’a pas de passé. Personne, depuis sa plus tendre enfance, n’est bercé par des discussions qui portaient au foyer familial ou au bistrot du coin, par des joutes oratoires sur le jeu politique du moment.

De plus,c’est probablement une erreur majeure de vouloir présenter les institutions européennes comme étant l’équivalent de ce que l’on trouve dans un Etat. Il est difficile, pour celui qui connait à peu près les institutions de son pays, de se dire : « Ben voilà, je comprends le fonctionnement de l’institution européenne ».

Puis Bruxelles paraît bien lointaine, technocratique, responsable, apatride, et les gens qu’on ne connait pas, sont des choses qu’on ne comprend pas, pour des raisons qu’on ne comprend pas, à ceci près c’est que c’est avec l’argent du contribuable qu’on le fait. Même si on a beau expliquer que tout ça coûte très peu cher à chaque citoyen européen, que le coût de la non-Europe serait bien plus considérable. Mais rien n’y fait.

Le plus grand échec probablement de la construction européenne est celui de la communication avec le citoyen.

Des sommes, dont on n’a pas idée, sont dépensées chaque année depuis plus de 40 ans, pour tenter de rapprocher le citoyen de l’Europe.

Mais cela donne de mauvais résultats, ou ça n’en donne pas. Ça n’en donne pas parce qu’au fond, Q. Dickinson constate qu’on donne des campagnes d’explications, de vulgarisations massives, en très peu de temps, en quelques semaines.

La réaction est faible.

Et la conviction est emportée par celui qui a le discours le plus populiste, le plus élémentariste.

Le résultat des élections le prouvent.

Q. Dickinson estime qu’au niveau de participation, la légitimité même de l’Institution est en cause. Et en tout cas, ce n’est pas avec un tel taux de participation que les états majors politiques dans les différents pays, à commencer par la France d’ailleurs, mettront en avant:

  • 1) Des candidats qui tiennent la route et qui ne sont pas des troisièmes couteaux de vieille gloire.
  • 2) Des gens qui consacreront la totalité de leur vie publique à ce mandat au lieu de cumul avec d’autres fonctions.

On dit que les pays de la Nouvelle Europe sont ceux qui participent le moins aux élections.

C’est vrai et ce n’est pas pas vrai.

C’est vrai que dans le bas de l’échelle, on trouve la Slovaquie et on trouve beaucoup de pays qui sont arrivés en 2004 ou en 2007 dans l’UE. Pas tellement loin devant eux, se trouve le Portugal qui est arrivé bien avant.

Et il y a des choses inexplicables.

Les pays baltes sont toujours fourrés dans le même sac, avec une petite mention pour l’Estonie un peu à part, mais la Lituanie figure parmi les plus mauvais élève en taux de participation, et la Létonie parmi les meilleurs. Quelle est l’explication? Personne ne le sait.

L’UE a voulu bousculer le calendrier de l’adhésion en faisant entrer dix nouveaux  Etats, ce qui était, selon l’avis de Q. Dinkinson, une faute politique importante.

Dix Etats membres nouveaux, cela n’avait jamais été fait auparavant. Et non seulement elle les a fait entrer d’un coup, mais en plus elle les a fait entrer en cours d’année, ce qui a posé des problèmes budgétaires sans fin. Elle les a faits entrer le 1er mai de façon qu’en juin 2004, ils puissent tous participer, dans l’allégresse générale, à l’élection du Parlement européen.

Et dans les faits, la participation des pays d’Europe centrale et d’Europe orientale a été très faible.

Q. Dinkinson se souvient que c’était les Polonais qui étaient les moins enthousiastes à l’époque.

Il y a aussi un fossé qui se creuse entre la classe politique ou la classe polico-médiatique, et les électeurs, les citoyens, le pays réel. Et les journalistes doivent prendre leur part de responsabilités. Q. Dinkinson est persuadé que, par exemple, personne n’irait voter en Belgique, parce que le mépris vis-à-vis de la classe politique est tellement élevé, que personne n’irait voter si cela n’était pas obligatoire.

De plus, il n’y a pas d’opinion politique européenne. Il n’y en a jamais eu. Ces élections ne sont européennes que de nom. Il s’agit de la juxtaposition 27 pays situations politiques générales qui ont chacune leurs raisons. Par conséquent on vote beaucoup moins en Europe aujourd’hui pour une idéologie ou pour un parti que contre une idéologie ou contre un autre parti.

Les gens votent aujourd’hui pour la tête du candidat, son nom, son origine, ce que son officine de propagande a fait savoir sur lui, mais guère plus pour ce qu’il dit.

Aujourd’hui, le rythme de la voix de l’orateur est plus important que sa tonalité, plus important que ce qu’il dit effectivement pendant 5 minutes de discours. C’est préoccupant et cela laisse la porte ouverte, comme on le voit maintenant depuis une quinzaine d’années, à tous les populismes.

Il y a un certain nombre de réflexes politiques que l’on pensait bannis depuis de nombreuses années.

Il y a aussi le clivage entre une génération d’avant qui, ayant connu la guerre, peut estimer ce qu’est le prix de la construction européenne et ses enjeux. C’est est un fait marquant lors de ces dernières élections européennes. L’électorat jeune ne s’est pas déplacé pour voter.

Les slovènes sont membres de l’UE. Ils ont connu une guerre récemment. Ils se sont bien mieux tirés que toutes les autres parties de l’ancienne Yougoslavie, mais ils ont connu la guerre. Ils ont eu des morts sur le territoire européen. Et pourtant la Slovénie ne vote pas massivement lors des élections européennes.

Aujourd’hui, les jeunes d’une trentaine d’années n’ont connu qu’une Europe sans frontières. Et lorsqu’ils vont aux USA ou en Fédération de Russie, ils sont surpris de passer une demie-heure à une frontière, qu’on examine leurs papiers, qu’on leur demande ce qu’ils viennent faire, où ils vont loger, ce qu’ils vont faire, qu’on leur demande sur l’honneur qu’ils ne sont pas des terroristes. Ces comportements sont inimaginables pour une immense majorité de la population européenne.

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