– Europe: lobbies et sectes à Bruxelles -11 Impuissance et stratagème

Impuissance et stratagème – 5

Q. Dinkinson pense que « l’existence même de l’Institution européenne est menacée ».

A ce stade là, l’éclatement pourrait-il être l’accident nécessaire? C’est un argument qu’il n’aime pas beaucoup. Ça justifie finalement ce qui est moralement et juridiquement injustifiable. Q. Dinkinson pense que l’accidentel, le chaos, régit beaucoup plus que l’organisation des vies. Il pense qu’il y a suffisamment de facteurs humains discordants qui entrent en jeu pour que ce ne soit pas nécessaire de les provoquer. Les exploiter peut-être, les ayant constatés ou vus venir assez rapidement. Mais il ne voit pas très bien, aujourd’hui, comment trouver des solutions rapides à des problèmes de légitimité d’adhésion du plus grand nombre à l’oeuvre européenne.

Les besoins sont immédiats, mais toutes les réponses valables le sont au moins à moyen terme.

Tout commence à l’école avec l’éducation civique. On peut très bien imaginer que quand on apprend les communes, les cantons, les départements, on peut parfaitement rajouter le Parlement européen. Et les gens, dès l’école primaire, auraient une vision élémentaire de l’Europe communautaire et de sa cosmogonie politique. Il y a là, une place pour l’échelon européen et pas uniquement pour la municipalité ou le gouvernement de l’Etat.

Mais en disant cela, Q. Dinkinson note que dans certains pays, surtout en Europe centrale et orientale, l’idée même de l’éducation civique est perçue comme une hérésie totale et une réminiscence d’une époque où l’endoctrinement scolaire était une réalité.

Q. Dinkinson voit également des instituteurs dont les prédécesseurs étaient des hussards de la République, des instituteurs en France qui refusent de coller au mur de la salle de classe une carte politique de l’UE, que leur envoie le bureau d’information pour la France, la Commission européenne et le Parlement européen, au motif que c’est de la propagande politique.

Donc c’est facile de dire que l’éducation civique de l’Europe doit s’apprendre à l’école, mais ce n’est pas évident, ce n’est pas automatique.

Si les gens ne se rendent pas compte que dans les autres pays, il y a des gens comme eux, qui vivent les mêmes joies, les mêmes peines, les mêmes difficultés financières, si ces gens ne se rendent pas compte de ça, jamais ne sera légitimée la construction européenne.

Encore et toujours, la loi du marché va à l’encontre de cela.

Posez la question à un Français : « Connait-il des gens dans son entourage qui a passé ses vacances dans un autre pays de la Constitution européenne autres que ceux qui ont une façade méditerranéenne? » Non! Et pour cause! Avec l’argent que coûterait un séjour en Tunisie pendant une semaine tous frais payés y compris l’avion, ils paient à peine un weekend en Allemagne ou 48 heures en Suède. Et voilà pourquoi il n’y a pas beaucoup de Français qui connaissent la Suède et les Suédois.

Comble du paradoxe. Alors que les urnes européennes s’avèrent peu remplies, la sur-représentation des lobbies à Bruxelles rappelle que l’UE est un formidable centre d’activités économiques, un haut lieu politique et peut-être le coeur névralgique du choix des civilisations. Toutes les décisions sur tout ce qui concerne la vie quotidienne, les activités économiques, culturelles, universitaire, de l’habitat à la consommation de véhicules en passant par la taille des filets de pêche, y sont traitées. D’où l’impression naturelle d’une usine à gaz.

Néanmoins, les lobbies, eux, ne s’y sont pas trompés. Leurs importantes présences ne doivent rien au hasard.

Q. Dinkinson ne sait pas si il y a un lobbyiste à Bruxelles qui évalue ce qu’il fait en fonction de défi de civilisation. Il y a une quinzaine de milliers de lobbyistes à Bruxelles. Et il faut faire une distinction entre les gens qui sont là pour défendre une activité, une industrie ou un intérêt particulier, d’autres qui sont généralement des avocats ou des juristes spécialistes dans le droit européen et qui sont prêts à mettre leur talent et leur carnet d’adresses au service de celui qui voudra bien les rémunérer.

Puis, pour être tout-à-fait honnête dans ce jeu de pressions, il faut inclure, évidemment, les représentants des Etats membres, des Etats candidats et des Etats tiers.

Mais la réalité c’est que sans ces groupes de pressions, la machine ne tournerait pas.

La Commission européenne a le monopole de la proposition législative.

Au sein de la Commission européenne, il n’y pas 2000 hauts fonctionnaires de conception et d’autorité et il n’y a pas, dans les services, la possibilité de recréer une projection des conséquences d’un texte législatif envisagé. Par conséquent, la Commission européenne est une maison de verre à la porte ouverte.

Il n’y a pas d’exemple récent d’une proposition de directive ou de règlement sortant de la Commission européenne qui n’ait fait l’objet d’une très longue concertation avec toutes les parties intéressées. Et les parties intéressées sont représentées par les fameux lobbyistes.

Ce ne sont pas des lobbyistes qui sont tapis dans l’ombre autour de la Commission européenne et du Parlement européen, qui attendent au coin, prêts à bondir sur la gazelle égarée pour la dévorer. C’est tout le contraire.

Les députés ont généralement deux, maximum trois attachés parlementaires à leurs services et n’ont pas les services du Congrès des Etats-Unis derrière eux pour faire des élaborations chiffrées du projet législatif. Ils sont donc extrêmement heureux d’avoir des interlocuteurs qu’ils connaissent et qui leur expliquent la position de telle ou telle industrie ou de tels groupes de pressions écologistes par exemple.

Il n’y a que des groupes de pression représentant « Microsoft » ou la quasi défunte « General Motors ». Toutes les tendances qui sont représentées. Le lobby de « Greenpeace» est un des plus professionnel. Cela signifie aussi que l’argent intervient très peu.

Il ne faut pas payer pour être reçu par un haut fonctionnaire ou par un député. Il faut pouvoir convaincre. Par rapport à un gouvernement, à un système politique, à un Etat, et pas seulement en Europe centrale et orientale, les menées moralement ou pénalement répréhensibles, corruptions ou autres, sont très peu nombreuses.

Cette concertation générale est aussi une forme de transparence. La Commission parlemente régulièrement, organise une audition et fait savoir à tous ceux qui sont intéressés par telle ou telle activité, se fassent connaître, fassent une déclaration d’intérêt, sont invités à participer à une audition générale de toutes les parties. Sur la base de quoi la Commission affinera son projet de législation.

Q. Dinkinson sait qu’en France, et dans le milieu francophone en général, les lobbies sont perçus avec beaucoup de réserve. On en est arrivé maintenant à une situation où, dans les milieux politiques et médiatiques à Paris, les gens se disent : « Bon on a pas pu montrer que ce n’était pas illégal, mais c’est sûrement immoral ».

Personne d’autre ne raisonne comme ça!

C’est un jeu politique.

C’est un jeu législatif où il n’y a qu’une seule règle: les absents ont tort.

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