– Europe: lobbies et sectes à Bruxelles -15 Stratégie et groupes de pression

Stratégie et groupes de pression

Lobby et think tank – 1

Martin Pigeon, membre du « Corporate Europe Observatory » et Yiorgos Vassalos, chercheur.

Martin Pigeon

N°11 du Rond-Point Schuman, devant un bâtiment qui est assez emblématique de ce qu’on peut trouver dans le quartier. C’est un des lieux où les prix des bureaux sont les plus élevés. On est plein centre, donc il n’y a que des multinationales très importantes, comme Philipp Morris etc…

« BP Europe »

La représentation de « BP Europe » est très importante à Bruxelles. C’est une des toutes premières entreprises pétrolières européennes.

« BP Europe » fait 43% de son chiffre d’affaires en Europe et est la première firme concernée par l’arrivée des législations environnementales et le réchauffement climatique et qu’elle a vu venir depuis longtemps. Elle a joué un rôle très important pour la définition de ce qu’on appelle « l’ ETS » sur le marché de pollution d’émission de carbone. Le modèle de ce qui se passe au niveau européen ayant d’abord été mis en place au niveau anglais, elle a joué un rôle déterminant dans cette législation.

La stratégie du lobbying?

« BP Europe », et la plupart des entreprises qui sont confrontées à l’arrivée des nouvelles législations environnementales, savent que la pression politique est trop forte et qu’elles ne peuvent pas l’éviter. Elles vont faire en sorte que cette législation soit volontaire plutôt que contraignante. Elles disent : « Bon ok, on va se comporter comme personnes responsables et on arrête d’être méchants. Nous sommes les mieux placés pour savoir comment faire, donc laissez nous faire et vous verrez, tout va bien se passer». C’est une façon de retarder les échéances.

De plus, elles ont réussi à faire de façon à ce que « l’ETS » ne les concerne pas. Ainsi, leurs raffineries de pétrole ne sont pas soumises à l’allocation de quotas d’émission.

Faire du lobbying est le fait d’être écouté, que les arguments sont reçus. Mais il faut se rendre compte de la densité de l’activité politique des multinationales à Bruxelles.

Ce n’est pas tout d’écrire un projet et de l’envoyer. Il faut faire une conférence pour le présenter.

On va inviter le chef de l’unité qui est responsable et qui s’occupe des dossiers. Puis on va le suivre, pas à pas. On va prendre contact avec le fonctionnaire de la Commission qui fait le brouillon, qui fait les préliminaires. Puis on va prendre contact avec le chef du cabinet qui est responsable. Si on a pas ce qu’on veut, on va mettre la pression sur le reste des commissaires. La façon la plus habituelle de faire pression est de menacer avec des postes de travail, c’est-à-dire: « Si vous n’adoptez pas ce texte-là, on va avoir 30’000 suppressions de postes de travail. »

Une autre chose fondamentale est de trouver des alliés. Parce qu’il y a des dizaines et des dizaines d’intervenants qui vont faire des pressions contradictoires sur chaque dossier.

Le lobby de « BP Europe » est de faire en sorte que, dans le cadre des négociations sur les directives de la qualité de leur carburant, il n’y ait pas de critères sociaux et environnementaux trop importants dans la définition de ce que sont les agrocarburants. Cela pourra lui permettre d’importer des agrocarburants sans tenir compte des conditions de production.

Martin Pigeon démontre que si les positions sont répercutées et sont démontrées correctement, il ne faut pas forcément le faire en direct.

Les agrocarburants ont mauvaise presse et « BP Europe » ne va pas se mettre dans ce genre de position.

Elle va aller payer des consultants qui vont le faire à sa place. Elle va utiliser des associations professionnelles et d’autres entreprises pétrolières qui vont la rejoindre sur ses positions. Ensemble, ils vont passer par des lobbies de business général, comme « Business Europe » , qui est la confédération des employeurs, et qui vont avoir une position généraliste. Ils vont passer par un « think tank », au sein duquel ils vont proposer une conférence qui va réfléchir sur, par exemple : « pétrole-réchauffement climatique et perspectives d’avenir ».

L’idée est d’avoir le même message, mais délivré par autant de canaux différents que possible. Ainsi, on a l’impression d’un consensus beaucoup plus large que ce qu’il ne l’est en réalité.

Le tout est payant, évidement.

Il y a plein de stratégies possibles. Mais cette stratégie-là, est une « stratégie d’encerclement » où il y a des messages différents. C’est un peu la stratégie de la « canonnière ». On y va par tout les moyens possibles.

Il y a aussi la stratégie d’utiliser une agence de conseils qui fait du lobbying mais avec des positions beaucoup plus dures. Ainsi, la « stratégie d’encerclement » paraîtra plus modérée.

Un jeu de société?

Il a existé un jeu comme ça qui était un jeu un peu paranoïde qui s’appelait « les illuminatis ». Un jeu avec les grands méchants qui gouvernent le monde. Mais il est préférable de trouver un jeu de lobbying sans tomber dans la facilité des caricatures.

Schuman 6. Une file de Roll Royces. Plus de quarante. Il est très important d’avoir une adresse ici. On prend le chemin que tout le monde prend. C’est central. C’est prestigieux. Ça vous situe sur la notoriété bruxelloise. Si vous êtes sur le droit chemin, c’est que vous êtes vraiment quelqu’un.

Est-il possible de rentrer, de parler directement, de faire des interviews? Est-ce que la porte est ouverte?

Si « Planète des lobbies » vient les voir, c’est parce que, tous les ans, il organise le « Pire lobbying de l’année ». Il a des candidats qu’il va avertir de leur sort avec un grand bouquet de fleurs. Il vient avec une caméra et filme les lauréats qui prennent ça légèrement et qui rigolent, certains le prennent moins légèrement et d’autres ne le prennent pas bien du tout.

Les votants de ces élections sont les internautes

La cérémonie est toujours organisée début décembre. Mais « Planète des lobbies » a organisé une cérémonie particulière en janvier 2010, à Copenhague, dont le prix était du « Pire écolo ambiant » car le weekend suivant, il y avait le « World Business Exchange ». C’est une réunion de toutes les grandes entreprises mondiales réunies qui émet des recommandations aux négociateurs et aux représentants des chefs d’Etats, rassemblés dans le cadre des négociations sur le climat à Copenhague. Tout se négocie avant la grande réunion de Copenhague en avril 2010 et c’est à cette date que les chefs d’Etat vont signer, sauf ajustements de dernière minute. Mais le détail des négociations entre les représentants des affaires étrangères et le monde diplomatique se passent fin 2009, début 2010.


 

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