– Europe: lobbies et sectes à Bruxelles -16 Stratégie et groupes de pression

Stratégie et groupes de pression

Lobby et think tank – 2

Image Rond-Point Schuman

Pour Yiorgos Vassalos, le paradoxe sur cette omniprésence, cette sur-présence des lobbyistes et l’absence dans les urnes est très typique du système bruxellois. Parce qu’au quartier européen de Bruxelles, il n’y a pas de peuple, il n’y a pas d’opinion publique.

Ce qui veut dire que les euro-députés sont élus par les citoyens et après on ne sait pas ce qu’ils font exactement.

Ce qui veut dire que c’est de la responsabilité des médias qui n’informent pas beaucoup de ce qui se passe à Bruxelles.

Les citoyens votent pour leur euro-députés. Mais le système est si complexe que ce n’est pas facile de faire passer l’information. Parce que c’est technique et les clivages politiques ne sont pas clairs. C’est un Parlement dont les décisions sont prises avec la coopération entre le parti populaire, le parti socialiste, les partis libéraux, donc ce n’est pas vraiment un politique contre un autre.

C’est aussi le fait que c’est un drôle de Parlement parce que ce n’est pas le Parlement qui propose les législations. Tout ce que le Parlement peut faire, c’est rejeter les propositions de la Commission. Si il refuse, ce qui n’est pas forcément légal et il ne peut que très rarement refuser une proposition toute entière, la proposition revient à la Commission qui doit en refaire une nouvelle.

Le Parlement ne peut pas dire que : « Nous on pense qu’une directive devrait être comme celle-là et on la vote et ça passe ».

Il est alors logique que le citoyen ne comprenne plus à quoi ça sert d’élire quelqu’un. L’électeur ne voit pas à quoi ça sert de voter et les lobbies en profitent. Ils sont installés ici et remplacent le peuple dans la démocratie européenne et bruxelloise. C’est le lobby qui remplace le peuple parce que c’est lui qui va demander des comptes à un député pour qui il a voté ou pour qui il n’a pas voté.

Le citoyen ne sait jamais rien à la base.

Pour Martin Pigeon, c’est un problème à multiples dimensions parce que il existe parfois une politisation et un bon compte rendu dans les médias nationaux. Et c’est en général quand il y a un poids lourd de la politique nationale qui a été envoyé.

En France par exemple, Michel Rocard a été à Bruxelles pour les directives des logiciels. On en entend parler et les gens reconnaissent, ce qui leur permet de relier.

Il y a un problème de fond à Bruxelles. Il n’y a pas de traditions, pas de mythologie politique. C’est quelque chose qui est en cours, mais le public rencontre des parlementaires et des lobbyistes quand ces derniers sortent, vont au restaurant, vont dans des dîners etc…..

Cela pose la question des conditions de travail des journalistes au siège de l’UE à Bruxelles. Et c’est essentiel, car quand un sujet est très technique, très rébarbatif, il demande de la recherche de fond. Concrètement, les journalistes n’ont que peu de temps et d’éléments pour faire ce travail et vont faire un mauvais papier. Sauf coup de chance.

Être lobbyiste est aussi une profession de reconversion pour les journalistes de Bruxelles. Et cela arrive souvent, car un journaliste connait très bien le paysage institutionnel. Si il a de bons contacts, un bon carnet d’adresses et pratique son métier quelques années à Bruxelles, il connait beaucoup de monde. C’est la compétence principale qu’on demande à un bon lobbyiste: connaitre du monde, savoir par où l’information passe, car c’est l’information qui a le pouvoir.

Mais il y a des questions déontologiques plus compliquées et la nuance entre un travail d’écriture et un travail de communication n’est pas tout-à-fait pareil.

Par exemple Bertelsmann AG, qui est un des plus grand groupe européen de communication. La plupart de leurs actifs sont les médias.

Pourquoi Bertelsmann?

Le vice-président de Bertelsmann, Elmar Brok est un ancien journaliste allemand qui travaille et qui est payé par Bertelsmann.

Mais Elmar Brok est également un des 27 membres. C’est un des plus vieux parlementaires européens qui est en poste depuis 1987-1989. Comme c’est un des parlementaires les plus anciens, c’est aussi un des plus influents qui a siégé à la Commission des Affaires Etrangères. Il a aussi siégé dans des Commission très importantes.

Elmar Brok est un poids lourd politique et il est réputé dans tout Bruxelles pour être la voix de Bertelsmann parce qu’il a les deux casquettes. Il est payé par le Parlement et par Bertelsmann.

On ne sait pas vraiment quel est son salaire annuel. Le chiffre ancien, qui date de 2000 environ, faisait état d’un de 200’000 euros et, à moins d’être anecdotique, ces choses-là augmentent.

Le salaire moyen d’un député est d’environ 7’000 euros mensuel, plus une allocation de 14’000 euros mensuels pour ses assistants et certains services,.

Les parlementaires européens sont tenus de déclarer les intérêts économiques. C’est en ligne et c’est consultable par tout le monde.

Martin Pigeon est agacé par la presse tabloïdedes affaires de cet ordre.

En mai 2009, il y a eu un énorme scandale sur le remboursement des dépenses des députés anglais, où effectivement, certains députés ont un peu tapé dans la caisse en faisant passer des frais personnels pour des frais professionnels. Cela représente au maximum, dans les cas les plus graves, quelques dizaines de milliers d’euros. Et là, on parle vraiment des gens qui ont vraiment fraudé à grande échelle!

La presse tabloïde, qui est pilotée en général par Rupert Murdoch et des gens qui soutiennent les conservateurs, va créer un déchaînement de l’anti-parlementarisme primaire : « tous pourris! »

Mais une affaire, qui est parue en mars 2009 dans « The Guardian », a concerné les députés conservateurs et travaillistes anglais, ainsi que la Chambre des Lords. Elle a pu prouver que ces gens-là avaient été payés par des lobbyistes. Mais dans la presse, on ne parle plus de belles sommes versées par les privés pour défendre telle ou telle position à tel ou tel moment. Silence radio!

Il y a vraiment deux poids deux mesures. Et pour cette affaire-là spécifiquement, le fait de trahir son mandat pour défendre des intérêts privés est une trahison des députés beaucoup plus grave que d’arrondir ses fins de mois avec des remboursements des frais du Parlement.

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