– Europe: lobbies et sectes à Bruxelles -17 Stratégie et groupes de pression

Stratégie et groupes de pression

Lobby et think tank

Agnès Sinaï, réalisatrice et journaliste au « Monde Diplomatique », a découvert le guide « Le Lobbies Tours » et l’a trouvé amusant, parce que c’est un peu une parodie du «Lovely Planet » et là, c’est le « Lobby Planet ». Elle les avait rencontrés il y a quelques années, lorsqu’ils avaient fait une tentative d’influencer les réglementations sur le lobbying européen. Les directives de l’encadrement du lobbying qui est passé il y a plus d’un an environ, ne leur avait pas donné satisfaction parce que il y a toujours très peu de transparence dans tous ces organes du lobbying.

Ils avaient fait une tentative qui avait exigé plus de transparence.

Joana Hostein, correspondante pour « Radio France Internationale »en poste à Bruxelles sur les questions européennes, confirme qu’il est difficile de faire de l’information à Bruxelles. C’est très technique, et ce sont souvent les lobbies qui la contactent pour lui expliquer un peu mieux l’information, pour lui vendre ce dont il s’agit et, selon la manière dont c’est présenté, elle décide si elle va en parler ou non.

Les lobbyistes l’appellent directement. Ils font un travail acharné.

Le dernier exemple en date est « British AmericanTobacco » qui essaie de légalisé le «snus ». Le « snus » est un tabac à sucer que l’on place entre la gencive et la lèvre supérieure. C’est une pratique qui est légale qu’en Suède et ils essaient de la faire légaliser partout en Europe. Cela fait dix ans qu’ils sont sur le sujet.

Ils la contactent une fois, deux fois, trois fois. Elle les reçoit. Et ils lui envoient un courriel, deux courriels, trois courriels, quatre courriels. C’est acharné. Ils ne lâchent rien. Ils font ça dans le but qu’elle fasse un article, qu’elle fasse un sujet, un sujet qui tombe bien parce que c’est la journée sans tabac.

Puis, plus aucune nouvelle, compte tenu qu’ils ont obtenu ce qu’ils voulaient.

Mais ils ont fait un travail acharné qui a pris deux mois.

Joana Hostein estime qu’elle ne leur a pas servi pas la soupe car le sujet était intéressant et une sélection a été faite.

Le « snus » était intéressant, car après avoir étudié le sujet et après en avoir discuté avec des professionnels de la santé, cela pouvait être une alternative à la cigarette.

On ne peut pas travailler dans des conditions comme ça. Ce n’est pas du journalisme. Alors comment fait-on. Insister?

La presse donne-t-elle une marge de manoeuvre suffisante, les moyens, les frais sur place? Ce qui disparaît en ce moment!

Pour Agnès Sinaï, la véritable enquête disparait. Ce n’est pas un métier aussi bien rémunéré que celui des lobbyistes de Bruxelles, donc il faut aussi choisir sa vie, sa déontologie.

Richard Kapuscinski, grand journaliste polonais, a passé des mois en Afrique et il n’a certainement pas été bien payé par son journal pour faire son boulot d’écriture et ses reportages fabuleux en Afrique.

On paie de sa personne pour ses propres convictions et ça, c’est du journalisme très engagé. Et il y en a très peu effectivement.

C’est une histoire d’usure, c’est un combat à l’usure et il est vrai que, passé la quarantaine, on est susceptible de se lasser de ramer, d’avoir peu de moyens pour mener une enquête digne de ce nom. Et c’est pareil pour la télévision.

Agnès Sinaï et son équipe prépare un documentaire pour « France 5 ». Pour le moment, ils n’ont pas des moyens extraordinaires, mais espèrent en avoir. Ils engagent, d’une certaine manière, un producteur courageux pour commencer une enquête en espérant convaincre par la suite « France 5».

Mais pour Agnès Sinaï, il faut que les télévisions publiques aient aussi le courage de financer l’essentiel de l’investigation indépendante.

Elle pourrait vendre ses services pour verdir le marché carbone, mais ça ne l’intéresse pas.

A.Sinaï tente, sans trop y croire, juste pour faire à titre de test, d’approcher cet air du temps qu’elle semble indiquer.

Elle a bien l’intention d’interroger BP pour comprendre quelle est leur « stratégie d’ETS » de régulation de quota de régulation de CO2, de savoir ce qu’ils ont derrière la tête. Comment ils construisent leur imagerie, leur « storytelling ».

Sa thèse est que toutes ces entreprises élaborent une narration du présent à laquelle on a tous plus ou moins envie de croire, y compris en tant que consommateurs. On a besoin de se déculpabiliser par rapport à ce qu’on sait sur la gravité de la crise écologique. Donc on est tous plus ou moins schizophrènes, mais les producteurs de cette schizophrénie ne sont pas les citoyens. Ce sont les conseillers en communications, ce sont les lobbies, ce sont les « think tanks », ce sont les entreprises qui fabriquent cette narration collective.

C’est « Britain Petroleum » qui va saccager le peu d’écologie qu’il y a dans le système européen d’émission

A.Sinaï n’a pas l’espoir particulier d’obtenir la moindre parcelle de vérité autre que la leur, une fois qu’elle va se trouver en face d’eux.

Elle a juste l’espoir de vérifier la déontologie de l’hypothèse qui est sienne, mais qu’il faut leur faire exprimer eux-mêmes, à leur manière.

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