– Europe: lobbies et sectes à Bruxelles -18 Au coeur du caprice des dieux

Au coeur du caprice des dieux 1

Juin 2009, après les élections européennes.

Martin Pigeon est un jeune homme d’une trentaine d’année, une formation en Sciences Politiques à Paris en poche, un indéniable engagement militant, mais surtout un assez brillant avocat de la cause européenne, et un des auteurs de « Planète des lobbies à Bruxelles».

Il s’exprime sur cette distorsion entre la sur-représentation des lobbies et le fort taux de désertion des urnes.

Martin Pigeon

Il y a effectivement un premier problème de couverture médiatique des questions européennes.

Faire de la politique dans les médias, si on raisonne uniquement en termes d’audimat, ce n’est pas se rendre service et en ce qui concerne la politique européenne, encore moins. On va encore plus loin dans le distant, dans le nébuleux, dans le compliqué. Mieux vaut interviewer Johnny Halliday!

Il n’y a pas que ça.

Il y a le fait que les thématiques européennes sont compliquées. Mais le détail des politiques nationales est très compliqué aussi!

Si on interroge un électeur français sur ce qu’est une « navette » entre un parlementaire et le Sénat, si 10% de gens savent ce que c’est, ce serait surprenant.

Mais ce n’est pas grave, parce que c’est une tradition. Il y a une mythologie, il y a un panthéon, il y a des histoires. Donc on a déjà des problèmes de structuration de l’espace politique européen. Le problème de fond, qui est le problème de l’Union européenne qui est plus grave et qui explique le fait qu’on ait ce chiffre très élevé d’abstention, est le fait qu’aujourd’hui, l’Union européenne « fait semblant ».

Comme dit Jean-Luc Bourlanges qui est un ancien député centriste démissionnaire:  « l’Union européenne fait semblant. L’Union européenne fait semblant d’être un Etat, fait semblant d’être un peuple, fait semblant d’être une communauté. Mais ça reste un consensus d’Etats à géométrie variable. C’est-à-dire qu’on est dans l’inter-gouvernemental. On est dans les batailles de chiffonniers. On est dans les négociations de couloirs. Et le meilleur exemple, et ça je vous en parle en tant qu’ex-ministre qui a voté « non » en pensant sincèrement qu’on était dans un débat ouvert, c’est qu’une semaine après le vote des français, Tony Blair annule le vote chez lui.

Trahison totale du processus!

C’est-à-dire que moi qui pensait être dans le cadre d’une consultation de débat européenne et là, vous avez un chef d’Etat qui dit : « Oh ben non, finalement j’annule la procédure ». Et un Etat a le pouvoir de faire ça!  Et c’est terrible! »

L’Angleterre est un des pays qui a le plus de poids au niveau de l’Union européenne aujourd’hui.

D’abord, parce que la langue de travail est devenue l’anglais. Et plus l’Union européenne s’élargit, moins de gens parlent le français qui était, avec l’allemand, la langue de travail d’avant.

Maintenant c’est clairement l’anglais et parmi les gens des lobbies, des syndicats, des ONG, il y a des Irlandais, des Australiens, des « Speakers ». Ces gens sont capables de pondre un article ou un communiqué de presse en une demie-heure, alors que pour M.Pigeon, il en faut deux!

De plus, ils sont très forts en terme de lobbying, parce que c’est dans leur culture. Et au niveau du Parlement, des témoignages concordent pour dire que les députés anglais sont ceux qui le font le mieux.

Au niveau de la Commission, depuis une quinzaine d’années, il y a très clairement un investissement d’une stratégie anglaise, où ils envoient des fonctionnaires dans les cabinets de très haut niveau. Ce que faisait la France, mais qu’elle ne fait depuis la présidence Chirac et qui lui a coûté beaucoup en terme d’influences.

L’Angleterre ainsi que les pays anglo-saxons ont une très grande influence à Bruxelles. Et dans même temps, ce sont vraiment eux qui freinent!

La même nation « Baroso » c’est eux. L’élargissement et l’approfondissement c’est eux. Le Marché unique mais pas de politiques industrielles c’est eux. Pas de police inisteet pas de politique monétaire, c’est eux. Harmonisation ou non des politiques sociales et fiscales c’est encore eux.

Mais avec la crise, cela a un peu bougé. L’Angleterre est devenue moins dure sur la question du marché unique et les marchés de l’harmonisation fiscale.

Tout cela ensemble, on peut dire qu’on est là encore, dans un dispositif de renforcement.

Ce qui inquiète beaucoup Martin Pigeon, c’est que la génération qui a créé l’Europe, c’est-à-dire la génération qui a connu la guerre, est en train de partir. Aujourd’hui, des barrières psychologiques politiques essentielles qui tenaient depuis la seconde guerre mondiale, comme le pacte qui tenaient les gaullistes en France par exemple, disparaissent. On observe ce phénomène avec l’ère sarkosyste.

Nicolas Sarkosy n’a pas connu la guerre, n’est pas dans une famille qui a connu la guerre, donc n’a pas ces blocages psychologiques.

Aujourd’hui, il y a une quantité de députés qui sont dans partis pro-fascistes dans le Parlement européen, ce qui est tout-à-fait inquiétant. Le fait que la droite ait gagné les élections, alors qu’on est en pleine crise, n’est pas du tout rassurant.

Il y a des risques d’éclatement, car en matière de politique étrangère. On commence à entendre des discours, aujourd’hui, comme celui d’un penseur comme Peter Van Ham(et c’est un cadeau de le qualifier ainsi), qui a des points de vue comme : « L’Europe tout couplé. L’Europe doit sortir de l’ère féministe. L’Europe doit être prête à faire la guerre. Parce qu’il faut en finir avec cette image de poule mouillée. C’est-à-dire que l’Europe doit cesser d’être communiste. L’Europe doit cesser d’être nourricière et protectrice. L’Europe doit de nouveau intégrer des valeurs viriles par le combat de l’identité extérieure! »

On a l’impression d’entendre les paroles d’un néo-conservateur!

C’est aussi le cas pour Robert Kagan.

On aurait entendu ce genre de discours il y a dix ans, on aurait crié : « Au fou! » Maintenant, c’est publié! Ça fait bondir les commentaires, mais c’est publié!

Pour Martin Pigeon, il est très difficile d’entendre ces discours. Il a trente ans. Il est né en 1980 et pendant les vingt premières années de sa vie, on lui a expliqué qu’avec l’Europe, c’était la paix. Que le nazisme et Hiroshima c’était fini. Que de toute façon, si on allait faire la guerre, tout allait péter!

Alors,qu’est-ce que ce genre d’argumentaires vient faire là!

Qu’est-ce que c’est que ça!

Martin Pigeon ne comprend pas.

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