– histoire de la télévision – 14 – vente: acte II D

La privatisation de TF1 – acte II D

Gabriel de Broglie: «Ce que nous aurions tendance à demander. Pour le moment c’est un peu le silence.»

Patrick Lelay: «Quand j’ai vu Gabriel de Broglie dans son bureau, il s’en souvient donc je peux le raconter, c’est effrayant. Parce que c’est un éminent membre du Conseil d’Etat et je me dis «Je vais vous attaquer personnellement au Conseil d’Etat si vous conservez le dossier!» Et il me dit «Monsieur, vous ne pouvez pas me dire ça!». Il me met presqu’à la porte du bureau et je lui dis «Ecoutez, je ne voulais pas vous dire ça avec agressivité, mais parce que c’est la loi. Alors il faut appliquer la loi!». Donc il y avait un vrai désordre. Donc Hachette est déjà perdue dès ce jour-là.»

Tout au long du mois de mars 1987, les rapports s’enveniment entre les groupes Hachette et Bouygues au sujet du rachat de TF1. La banque BNP doit finalement se retirer du projet Hachette-Lagardère. Au lieu de calmer le jeu, ce retrait donne de nouveaux arguments au groupe Bouygues pour contester la régularité de la compétition.

Présentant son équipe à la presse, Jean-Luc Lagardère se veut néanmoins serein et confiant: «Nous avons travaillé sainement et nous n’avons travaillé que sur le fond des problèmes, et non pas sur leurs surfaces procédurières.»

Francis Bouygues ne se bat pas uniquement sur le fond juridique, il profite à plein de sa position d’outsider et se lance, avec Patrick Le Lay, dans une vaste opération de séduction.

Patrick Lelay: «Il faut d’abord se faire connaître, parce qu’on a aucune crédibilité. Zéro ! Se faire connaître de ceux qui vont avoir à décider des éléments de la CNCL. Il y en a treize. Donc là, on fait du lobbying, au sens noble du terme. Il y a treize membres que l’on a visités cinq fois, la procédure veut qu’il y ait deux fois, mais nous l’avons fait cinq fois, scientifiquement. Alors, vous savez, la première fois vous vous présentez, bon tout le monde est poli ce sont à priori des gens agréables donc ils vous reçoivent. La seconde fois ils se disent «Ah ouais, on peut les écouter!», la 3ème fois il faut déjà commencer à monter un tour de table et on devient à peu près crédible. la 4ème fois,ils se disent «Ah, c’est des gens, il faut quand même regarder ça!» puis la 5ème, ils se disent «Ah ils sont quand même meilleurs que les autres!». Donc c’est 65 rendez-vous, ça prend du temps. Et puis, il faut comprendre la psychologie de chacun et se présenter son meilleur jour. Vous avez un dossier à monter. Il faut qu’il soit bien monté pour obtenir les faveurs des autres.»

Réponse du côté de Hachette, donnée par le président Lagardère, et son vice-président Sabouret: «Il faut un, dans un concours comme celui-là, je considère qu’il n’y a pas de place pour du lobbying politique. Je dois dire qu’on aurait eu un petit peu honte à pratiquer des déjeuners, des dîners, des promenades. Et ce n’est pas notre style! Et nous pensions que ce n’était pas le style des autres non plus, d’ailleurs. Je veux parler de la CNCL. Apparemment, là aussi nous n’avions pas la lucidité totale des événements et de l’environnement.»

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