histoire de la télévision – 16 – acte III B

La privatisation de la télévision française:

Le rachat de TF1 par Bouygues acte 2



Vendredi 3 avril 1987, au Siège de la Commission Nationale de la Communication et des Libertés, c’est le grand jour.

Jean-Luc Lagardère défend pendant deux heures son projet pour TF1. L’accueil de la CNCL est glacial. Les engagements d’Hachette pour satisfaire «aux nues disant culturelles», formule du ministre de la Culture, Francis Léotard, ne réchauffent guère l’atmosphère. Lagardère est crispé. Mougeotteet Sabouretfont leur métier, mais ces deux heures d’Hachette restent polaires.

Le travail de sape entrepris par Bouygues a produit ses effets. Les menaces d’un recours au Conseil d’Etat si Hachette venait à l’emporter, vont faire le reste.

La CNCL a tout à craindre d’une victoire d’Hachette. ce n’est donc pas un hasard si l’audition du groupe Bouygues, dans l’après-midi, est radicalement différente.

Yves Sabouret, vice-président d’Hachette: «Et puis là, alors là, commence la surprise. Parce que entre cette cérémonie assez académique et ces dîgnes froides et quasi bonnardes du matin et puis ces entretiens conviviaux faits de sourires et de questions plus ou moins complices et de camaraderie, ils ne pouvaient pas se taper dans le dos parce qu’ils étaient à trois mètres de distance, mais on avait l’impression psychologique que c’était un peu comme ça, et qui se terminaient par: «Ah mais vous est-ce que vous avez même pensé à un projet de siège pour la future télévision privée, Qu’à ne cela ne tienne! et on a amené la maquette, etc…»

Extrait de «Histoire secrète»: enquête de Marie-Eve Chamard et de Philippe Kieffer.

«À15h00, Bouygues entre en scène Rue Jacob. Le contraste avec la matinée est saisissant. Ne serait-ce qu’au physique, l’équipe Bouygues marque des points irrationnels à la première seconde. À l’élégante mais rigide minceur d’un Lagardère crispé et Christine Okrent, succèdent les rondeurs bonhommes de Francis Bouygues et cette gargantuesque de Robert Maxwell. Après la visite matinale d’une pieuvre désignée redoutable, il donne l’impression d’une équipée familiale, endimanchée avec recherche. Il a y de la posture filiale dans le tandem Francis Bouygues- Patrick Le Lay, qui fait face à Gabriel de Broglie. On parle simple, direct et poli. Voici les bons élèves, les vrais, les studieux, ceux qui ont soigné leur copie, respecté la marge, fignolé la frise et apporté leur sucrerie à l’instituteur sous la forme d’une splendide maquette du futur Siège de TF1. Sous les projecteurs, la CNCL sue d’un bonheur tranquille. Elle est sauvée! Ces gens qui lui font face ont tout pour plaire et leur éviter un crash juridique. Même Bernard Tapie sait se montrer discret au bout de la table où il a prudemment relégué le legs. «Tu te mets là et c’est moi qui parle» a-t-il prévenu après que celui-ci ait tenté de s’asseoir près de Francis Bougues en arrivant.

Pendant deux heures meublées d’autant de promesses solennelles que celles du matin, la CNCL irradie la satisfaction généreuse. Elle ne pose pas de question, elle les roucoule.»


Jean-Luc Lagardère: «Ce qui est assez drôle et l’un d’entre nous, pas moi, mais l’un d’entre nous s’est mis à hurler, à hurler «On est fabriqué!». Mais c’était tellement cousu de fil blanc qu’on s’est dit: «Vraiment bon, il n’y a plus rien à faire!» et puis voilà!»

Yves Sabouret: «Là, on a compris quelque chose. On a compris qu’on avait pas tout compris!»

Dans la soirée de ce vendredi, Jean-Luc Lagardère appelle Gabriel de Broglie, s’étonne de la sympathie que la Commission a témoigné à son concurrent, «du soucis pour rien!La CNCL a la tête froide, elle va prendre son temps pour se prononcer, bonsoir!» lui répond-on.

Le samedi 4 avril, au matin, Yves Sabouret téléphone à son tour à la CNCL qui se réunit pour commencer à discuter de TF1 ce week-end. «C’est lundi ou mardi prochain que le verdict sera rendu! » rassure-t-on.

Mais à 13 heures, ce samedi, Gabriel de Broglie propose de passer au vote.

A 13h45, les premières dépêches tombent: c’est Bouygues!

Une demie-heure plus tard, Hervé Bourges, patron de TF1 appelle Francis Bouygues et l’invite sur le plateau du journal de 20 heures le soir même, à Cognacq Jay. «J’aimerai que mon meilleur collaborateur, Patrick Le Lay, m’accompagne» dit Bouygues à Bourges. «Aucun problème, simplement il vous faudra être bref, ne pas parler plus de 3 ou 4 minutes», «Mais qu’est-ce qu’on peut dire en si peu de temps?», «Bien des choses!» répond Hervé Bourges. «Bien, alors à ce soir! Ah! J’oubliais, Cognacq Jay, c’est dans quel quartier? » conclut Francis Bouygues.

 

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