histoire de la télévision – 17 – acte III C

La privatisation de la télévision française:

Le rachat de TF1 par Bouygues acte 3



Télé-journal:

  • J1: TF1, c’est fait! La CNCL a fait son choix. Cet après-midi, elle a attribué la première chaîne de télévision au groupe Bouygues. Une décision sans ambiguïté, qui est intervenue au lendemain des auditions publiques des candidats à la reprise de la Une. A 13h30, les membres de la CNCL terminaient leur réunion, apparemment satisfaits d’être arrivés si vite à une décision obtenue sans heurt, bien que les membres de la CNCL n’aient pas fait de commentaires. Gabriel de Broglie s’est refusé à toute déclaration et on ignore si il y a eu plusieurs tours. Les chiffres seraient en effet très clairs: 10 voix pour Bouygues et de 3 pour le groupe Hachette. Alors Francis Bouygues, rebonsoir. Vous avez été élu autrefois «Manager de l’année». TF1, c’est un nouveau fleuron. La bataille a été rude. Vous êtes donc d’autant plus satisfait de l’avoir gagnée?
  • FB: Vous m’excuserez parce que ce soir, je suis très ému. Pour moi, aujourd’hui, c’est un jour merveilleux. Merci au président et à tous les conseillers de la CNCL qui nous ont fait confiance. Je tiens à leur répéter qu’ils ne seront pas déçus. Avec mes collaborateurs et mes partenaires, tous ensemble, on a gagné. Cela fut un formidable challenge. TF1 existe, TF1 marche bien, sachez que je conserverai tous les acquis. Ils sont considérables. A partir de là, avec le concours de tous, TF1 fera beaucoup mieux encore. Notre projet est très ambitieux. C’est un «super défi», si vous me le permettez. Mais les talents sont là, ils existent. Je serai parmi eux pour les conduire à la bataille. J’aime l’action, alors la télévision, qui apporte l’image à la parole, nous donnera un élan nouveau. A tous ceux qui m’ont encouragé, à tous les membres de TF1, je dis: «un grand merci et en avant pour de nouveaux challenges!»
  • J1: Francis Bouygues, nous vous retrouverons tout-à-l’heure, pour vous interroger plus avant. Ce soir, pas de réaction, selon la formule consacrée du candidat malheureux qui avait été le grand favori pendant des mois, le groupe Hachette s’est refusé, pour l’instant, à tout commentaire. Dans les murs de TF1, le personnel de la chaîne a vécu donc sa 2ème journée historique après les audiences publiques d’hier. Un an de débats et de rebondissements, c’est long! La décision de la CNCL a donc mis un point final à une situation d’attente qui pesait depuis plusieurs mois. Philippe Aussant a donc recueilli quelques réactions.
  • J1: Bon alors TF1, c’est fait! La CNCL a fait son choix. Cet après-midi elle attribuera la première chaîne de télévision au groupe Bouygues…
  • J2: 17h30, insensible à l’agitation qui règne autour d’elle, Marie-France Cupada prépare son journal, «Appelez cela comme vous voudrez, traînée de poudre ou téléphones arabes, la nouvelle, il n’y en a qu’une et elle a mis à peine 10 minutes pour faire son chemin dans les couloirs de la rue Cognacq Jay.»
  • X1: ça fait 31 ans que je suis, depuis 1956. J’ai fait l’ORTF, TF1 et puis je ne pensais pas que…alors je suis triste.
  • X2: Je pense que, enfin, nous espérons tous que tout ne va pas être lésé par la privatisation.
  • X3: Ben oui, ça fait 51 jours qu’on se demande ce qui va se passer le matin. Ils vont mettre quelqu’un d’autre à ma place ou qu’on diminue l’effectif du personnel. Je crois que c’est la grosse crainte du personnel. C’est une réduction des effectifs.
  • X4: Vous avez, enfin on sait enfin quel est le repreneur, depuis un an la situation était quand même instable…
  • X5: Que ce soit Bouygues ou Hachette, pour l’instant, il n’y aura que le résultat qui comptera, donc je suis, j’attends quoi….
  • J1: Ce soir, réactions de la classe politique, François Léotard estime que les objectifs que s’était fixés le Gouvernement, en décidant de privatiser TF1, la transparence dans la procédure d’attribution, coupure entre le pouvoir politique et l’audio-visuel, enfin le système du «mieux disant culturel», tout ça a parfaitement fonctionné. La réaction des socialistes réunis en congrès à Lille, ils se sont montrés surpris du choix de la CNCL mais restent apparemment toujours partisans d’une renationalisation. Jacques Lang:
  • JL: Nous jugerons sur pièces les nos nouveaux dirigeants et en particulier, nous espérons de tout coeur que les engagements qu’ils ont pris de faire de TF1, une chaîne pluraliste et une chaîne créative, seront respectés.
  • J1: Vous êtes toujours pour renationaliser TF1?
  • JL: Nous avons toujours affirmer le principe selon lequel les routes hertziennes de communication doivent rester publiques. Pour le reste, il s’agit d’arrangements juridiques qui peuvent varier avec le temps et naturellement, je le répète, nous tiendrons compte des conditions dans lesquelles les actuels, plutôt les futurs dirigeants de TF1, seront respectueux du pluralisme et des intérêts de la création française.
  • J1: Dans cette course à TF1, tout le monde s’accorde à dire que l’importe capacité financière du groupe Bouygues a été un atout considérable. Le groupe est, tout le monde le sait, le numéro 1 mondial du bâtiment, avec un chiffre d’affaires proche de 50 milliards de francs. Un empire qui a commencé de naître il y a une trentaine d’années et qui a amorcé ces dernières années, une diversification tous azimuts.
  • J2: Bouygues, c’est d’abord un impressionnant tableau chiffré. C’est le numéro 1 mondial des travaux publiques, 45 milliards de chiffre d’affaires, 50’000 collaborateurs. De lui, les Américains disent «il a le needle’s touch» il transforme en or ce qu’il touche. Début, en 1952, avec un prêt familial de 12’000 francs. Il profite alors du boum de la construction d’après-guerre. Viennent ensuite les grandes réalisations. Le Parc des Princes, la Défense, les Halles, le musée d’Orsay, l’aéroport de Roissy. Et puis, ce sont les grands contrats à l’étranger. L’université de Ryad, le pont du Koweit, 2,5 km de long. Elu «Manager de l’année» en 1982, Francis Bouygues diversifie son activité. Il est présent dans la distribution d’eau, les exploitations pétrolières off-shore; avec Bernard Tapie, il acquiert 50% du groupe Mazda, il se lance dans l’hôtellerie avec HAVAS, le commerce de rachat avec trois quartiers. Et puis dans les cartons, il y a encore le tunnel sous la Manche, Euro-Disney-Land au Marne-la Vallée. La méthode Bouygues, c’est aussi une conception familiale de l’entreprise. Francis Bouygues n’a pas le mot paternalisme. Il a pourtant créé il y a 30 ans, «Les Compagnons du Minoranges», l’organisation qui réunit l’élite des ouvriers, un millier parmi les meilleurs qu’il réunit chaque année pour les récompenser. Son goût de la modernité l’a amené aussi à doter son groupe d’un superbe Siège social, baptisé «Challenger» pour un coût avoisinant le milliard de francs. Pour la Une, Bouygues, c’est la moindre des choses, a prévu de nouveaux locaux à la mesure de ses projets.

Jean-Luc Lagardère: «Alors je dis «Parfait!» et de plus je ne dis pas que ça été pipé! Je ne veux rien dire de plus là! Je dis simplement que si j’avais su que le jugement serait fait de cette manière, je n’aurai pas concouru. Vous comprenez que, lorsque je vois dans les présentations, d’un côté l’éventail de tous nos talents et de l’autre, Monsieur Maxwell et Monsieur Tapie, avec le recul, j’ai une satisfaction interne profonde. »

 

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