– histoire de la TV – 19 – concurrence B

La valse de la concurrence: acte II

Au printemps 1987, la privatisation de la Une marque ce qu’on appelle désormais le «PAF», Paysage de l’Audiovisuel Français. Paysage bouleversé par des réformes successives et déséquilibrées dans son financement. Fruit de choix politiques mal calculés, cet audio-visuel comprend désormais cinq chaînes généralistes dont trois privées et deux publiques.

La Cinq a été réattribuée au groupe de presse, Robert Hersant,  proche du gouvernement Chirac, et la TV6 à la compagnie de télécommunication luxembourgeoise.

Ces cinq chaînes généralistes sont condamnées à survivre.

Télé-journal:

«Petit problème d’arithmétique, le marché publicitaire français peut-il nourrir 6 chaînes de télévision?! Besoins estimés pour TF1privatisée, plus 3 milliards de francs. Antenne2 et FR3 continueront de percevoir la redevance, mais percevront à elles deux les 3 milliards de francs supplémentaires.

Pour équilibrer ses comptes, la Cinq devra engranger 2 milliards de publicités par an, Métropole TV (M6) un milliard sans oublier Canal+ soit 500 millions. Total: 10 milliards de francs. Problème évident, le marché publicitaire français n’est pas extensible. La chasse aux annonceurs est déjà ouverte, mais les publicitaires ont une règle d’or, ils n’ investissent que chez les vainqueurs. Malheur donc à la chaîne qui se laissera distancer dans les sondages d’audiences.»


Un homme connaît parfaitement cette règle d’or: Silvio Berlusconi, le partenaire de Robert Hersant. En Italie, il a bâti un empire sur l’audience et les recettes publicitaires drainées par les stars. A Paris, son objectif est clair, vider la Une de ses vedettes au profit de la Cinq. Philippe Ramond, homme de presse, après avoir été administrateur puis directeur du marketing du journal Express, puis secondé André Rousselet à la direction de Canal+, est appelé par Silvio Berlusconi comme directeur général de la Cinq.

Interviews

Philippe Ramond: «TF1 est attribuée à Bouygues et à ce moment-là, Silvio Berlusconi nous dit: «Maintenant, faut aller vite!». Alors on a dit «Mais pourquoi?».Berlusconi de répondre: «Faut acheter les vedettes avant que le béton il devient sec!».

Silvio Berlusconi: «Pour faire la télévision, il faut avoir des stars qui sont dans le coeur du public. Et nous essayerons de les avoir.»

Philippe Ramond: «Nous avons cru à son expérience et nous avons fait des propositions aux principales vedettes de TF1. Mais plus que de leur dire, «On va vous donner deux fois plus, ou trois fois plus que ce que vous gagnez maintenant.» On leur a proposé de leur donner la responsabilité de la production de leurs propres émissions.

Carlo Freccero, du groupe Berlusconi: «Il y a eu tout le monde! Il y a Bouvard (1987). Bouvard, c’est côté Hersant. Sébastien, c’est Berlusconi qui va dans la loge de Sébastien qui faisait des spectacles au théâtre. Les stars de la télévision française sont en train de vivre les moments hollywoodiens. Nous sommes vraiment Hollywood et on commence les contrats: «Tu veux combien?» Paf !»

Pascal Josèphedirecteur des programmes de TF1: «Si vous voulez dans la salle, vous avez dit 10 millions, 20 millions, 30 millions, et le ticket d’arrivée, si je puis dire. Et c’étaient des sommes astronomiques, hallucinantes.»

Patrick Le Lay: «On s’est trouvés face à deux choses. La chaîne du groupe Hersant et Berlusconi qui avaient leur Cinq. Donc Berlusconi veut avoir Patrick Sebastien, Patrick Sabatier, Collaro, avec des ponts d’or! Je n’ose pas donner les chiffres!»

Pascal Josèphe: «Quelqu’un, comme Patrick Sabatier, était le mieux payé de TF1 publique avec 120’000 francs par mois. Je pense que dans les négociations, cela devait lui permettre d’ajouter un zéro à sa rémunération.»

Patrick Le Lay: «Non, je n’ose pas donner les chiffres parce que l’agent de Patrick Sabatier vient me voir en me disant: «Voilà, si vous voulez le contrat, c’est ça!». Moi je crois que ce sont des anciens francs pourtant je me dis «100’000 nouveaux francs, ce n’est pas cher!» Et je ne comprends pas. Et quand il me dit «Mais non, ce sont des nouveaux francs!» je le mets à la porte parce que je lui dis «Vous n’avez pas le droit de me proposer des choses pareilles!» Et là il me dit «Vous réaliserez vite que c’est ça vérité!». Donc ce sont des sommes gigantesques.»

Les stars se voient offrir par la Cinq, plus de 3 millions de francs français par émission. L’opacité des tractations est parfaite. Les transferts sont parfois accompagnés d’une prime de plusieurs millions de francs.

À la mi-avril 1987, à Cannes, au marché des programmes de télévision, Sabatier, Collaro et Sebastien annoncent leur départ pour la nouvelle Cinq.

L’équipe Bouygues enrage. Un conseil de guerre se tient sur le yacht de Robert Maxwell le principal associé de Francis Bouygues.

 

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