– histoire de la TV – 8 – affaire Polac

La valse concurrencielle – acte IV

L’affaire Polac

L’échec retentissant de la nouvelle Cinq est le début d’un engrenage financier infernal pour Hersant et Berlusconi. L’expérience se solde par un déficit proche du milliard de francs. Les relations entre le patron du Figaro, Hersant, et le mania italien se dégradent.

Pour Francis Bouygues, qui vient d’employer les professionnels du dossier Hachette, c’est une première victoire sur la Cinq. Bientôt, avec des contrats en or, il reprendra CollaroSebastien et Sabatier, renvoyés de la Cinq.

En attendant, Bouygues affirme son pouvoir sur TF1 avec «La Fièvre du samedi soir». Celle provoquée par le rendez-vous qui a créé la polémique désormais tant attendue par les téléspectateurs: «Droit de Réponse» émission animée par Michel Polac, depuis décembre 1981.

Septembre 1987, sur Antenne2:

Télé-journal:

  • J1La direction de TF1 a donc décidé d’engager une procédure de licenciement contre Michel Polac, son émission: «Droit de Réponse» est suspendue mais le principe en est maintenu. Motif de cette décision: «Mise en cause de certains membres à la CNCL et insulte grave à la société qui l’emploie, c’est -à-dire TF1».
  • J2: Il y a donc deux émissions de «Droit de Réponse» au centre de cette affaire, celle du 12 et celle du 19 septembre. Dans la première, Michel Polac avait proféré des accusations sur la CNCL, et dans la deuxième, consacrée au Pont de l’île de Ré mise au profit de Francis Bouygues de TF1. C’est un dessin de Wiaz qui a fait débordé la coupe. Ce matin, à Paris, Michel Polac a fait une conférence de presse.
  • MP: Je démens formellement avoir prononcé la moindre phrase, avoir la moindre mimique critique à l’égard de TF1. Cette émission s’est déroulée…
  • J1: «Droit de Réponse» de «Droit de réponse» pour une affaire qui a commencé de manière banale, mais qui s’est poursuivie en s’amplifiant dans les colonnes des médias. Beaucoup de journalistes, autant de photographes et toutes les chaînes de télévision avaient répondu à l’appel de Michel Polac, qui conférences à l’appui, s’interrogeait sur son renvoi en récusant les accusations portées contre lui par la direction de TF1. 1ère accusation, l’émission du 12 septembre: «Droit de réponse» qui était consacrée à la CNCL. Michel Polac met en cause l’honnêteté des membres de cette commission et fait passer un dessin de Plantu assimilant les Sages à des larbins. Fureur du PDG de TF1 qui demande des excuses. 2ème accusation. La semaine dernière, l’émission est consacrée au Pont de l’île de Ré dont l’utilité est contestée par beaucoup, mais dont la construction est assurée par les établissements Bouygues. Nouvelle fureur du PDG qui n’accepte pas non plus un dessin de Pierre Wiaz, mais le mettant en cause personnellement.
  • MP: Ils ne répondent pas sur le fond, ils attaquent sur la forme.
  • Pierre Wiaz dessinateur à: «Droit de réponse»: L’idée, c’était de reprendre le slogan Bouygues qui était une maison de maçon, donc un pont de maçon et au départ, une télé de maçon, tout bêtement. Là-dessus, je me suis trouvé un peu bloqué, je me suis trouvé moi-même, c’est vrai qu’au moment où je l’ai fait, je me suis dit que ça veut aussi dire: «Peut-être que Bouygues est furieux de l’émission etc…» Et l’ambiguïté m’a amusé et je l’ai passé comme ça. Et puis il est passé comme ça! Mais c’était en tout cas pas une télé de merde! Enfin en tout cas pas dans mon esprit à moi! Ce n’est évidement pas ce que je voulais dire. Si j’avais voulu dire que c’était une télé de merde, j’aurais écrit: «télé de merde» Les dessins sont faits en fonction de l’émission. Encore une fois, on n’est pas dans la même pièce. Polac est en bas, à l’étage en dessous. Il voit les dessins quand les dessins passent à l’écran. Il les voit en même temps que le téléspectateur et en même temps que le directeur de la chaîne. En l’état d’espèce. Donc je crois que ce dessin-là, je crois qu’il ne l’a même pas vu pendant l’émission. Je veux dire que ça a passé tellement vite qu’il ne l’a même pas vu.
  • J2: Michel Polac, vous savez qu’on souvent entendu parlé à propos de votre émission comme espace de liberté, et il y en a un autre à la télévision, entre-autre, c’est: «Le journal de 13heures» sur Antenne2. Donc vous comprenez pourquoi vous êtes notre invité. La 1ère question concerne les motifs de cette demande de ce licenciement. Alors, c’est un motif professionnel à propos de la mise en cause de certains membres de la CNCL et injures à votre employeur, ou c’est autre chose?
  • MP: Ecoutez, d’après ce qui a été dit ce matin à Europe1 par quelque-un de TF1, c’est que je suis licencié pour faute grave, licencié sans alibilité, pour faute grave, en tout cas, faute professionnelle grave. Alors, qu’elle peut être la faute professionnelle grave? Je n’aurais pas suivi les règles habituelles qui sont d’habitude pour cette émission, dans les rapports avec la direction, dans le choix des sujets, dans le fait de les avertir des sujets que je veux traiter, tout ça? Rien ne m’a été reproché sur ce point, on a toujours suivi les même règles, alors quelle autre faute grave possible?
  • J2: On a dit la mise en cause de certaines personnalités membres à la CNCL.
  • MP: Oui.
  • J2: Et vous n’auriez pas apporté suffisamment de preuves pour étayer votre argumentation, c’est ça?
  • MP: Oui. Alors écoutez, ce n’est pas formulé! Moi je ne l’ai pas vu formulé comme vous le dites. Mais la mise en cause de la CNCL a été faite dans «Droit de Réponse», dans «Le Monde», dans les mêmes termes, et dans le «Canard Enchainé», dans les mêmes termes et de nouveau dans le «Canard Enchainé» de cette semaine, qui sort de nouveaux éléments. Nous avons simplement signalé qu’il y avait, en ce moment, un juge d’instruction qui s’était penché sur le cas d’une personne qui travaillait à la CNCL, et qui aurait été accusée par une radio libre d’un certain nombre de fautes justiciables d’un procès, d’une inculpation.
  • J2:On ne va pas rentrer dans le détail et refaire un procès, le 2ème c’est…
  • MP: 1er point très important, c’est que le CNCL n’a pas récusé ce que nous avions dit. Ils m’attaquent sur la forme. Ils ne m’attaquent pas. Ils ne me répondent à mes accusations!
  • J2: Il y a Monsieur Bouygues qui a répondu…
  • MP: Ah oui, mais la CNCL ne répond ni au «Monde», ni au «Canard Enchainé». Moi j’attends la réponse de la CNCL. 2Ème point, j’aurais craché dans la soupe, pour simplifier les choses.
  • J2: Familièrement, c’est comme ça que ça s’appelle.
  • MP: Comment, en laissant passer d’une part les dessins de Wiaz, qui comme Wiaz vous l’a expliqué, et M.Bouygues le sait, et Patrick Le Lay le sait, ces dessins sont faits en direct. C’est un exercice de haute voltige qui est très dangereux pour le dessinateur, parce qu’il peut se tromper et c’est la règle du jeu. Elle a été acceptée par la direction. C’est accepté par contrat!
  • J2: Et Par vous!
  • MP: Et par moi, et je ne sais pas non plus ce qui va me tomber dessus!
  • J2: Voilà, vous ne contrôlez pas…
  • MP: C’est-à-dire que moi, ça ne veut pas dire que je crache dans la soupe de mon patron.
  • J2: Oui mais vous êtes le producteur de…
  • MP: Mais j’assume, j’assume! Ce dessin, ce dessin tel qu’il est passé là, n’est pas un dessin qui dit «TF1, télé de merde». C’est un dessin de M.Bouygues regardant l’émission et se mettant en colère. Et qui dit quoi?! Il dit: «Télé de merde». Pourquoi? Parce qu’il n’est pas content de ce qu’il voit. C’est ce qu’il a dit à Alexandre Baloud qui vient de m’interviewer sur M6, cette toute jeune chaîne. Et il a dit à Alexandre Baloud; «Que quand même là, j’avais été trop fort en faisant parler des pots de vin qui auraient pu être donnés à l’occasion de la construction du Pont de l’île de Ré.» Moralité…
  • J2: Alors ce n’est pas le bon prétexte à votre avis, alors pourquoi…
  • MP: Ah non! Mais c’est même un prétexte très grave si c’est confirmé. Car si M.Bouygues a dit cela, c’est quand même qu’il n’admet pas qu’on critique la maison Bouygues dans ce qu’elle fait ou dans ses rapports avec les politiques ou les conseils généraux…
  • J2: Alors c’est ça. Il n’y a pas d’autre raison pour vous, vous aviez…
  • MP: Ecoutez! Ça, ça c’est ce qui s’est passé! Ce que je ne comprends pas c’est que Monsieur Bouygues, malgré mes défauts que j’ai sur moi, comme tout le monde, il m’avait dit que j’étais plutôt un vieillard sympa et marrant. Bon! Pourquoi tout-à-coup change-t-il d’avis aussi brusquement?! Autour de moi, on dit… Moi je ne fréquente pas les palais ministériels ou Elyséens! Je ne sais pas ce qui se passe ailleurs! Les gens disent: Bouygues…
  • J2: Attention, méfiez-vous là!
  • MP: Voilà, des gens disent que M. Bouygues a reçu des coups de téléphone lui demandant ma peau, moi je…
  • J2: Il n’y a pas de preuves de ce que vous dites, là!
  • MP: Mais ce n’est pas moi qui le dit! On dit, on me le dit, je dis: «Ecoutez, ça sort de mon domaine!»
  • J2: Pas de suspicions gratuites comme ça sans apporter de preuves d’accord.
  • MP: Alors, il y a un contexte politique quand même! C’est vrai!
  • J2: Alors une dernière question et puis nous entendrons tout-à-l’heure, la réaction de Monsieur Le Lay, que vous connaissez. Je voudrai savoir si vous aviez fixé avec votre employeur, un cadre dans lequel vous aviez le droit de vous exprimer et ne pas aller trop loin, par exemple? Est-ce que vous aviez fixé des règles avec Monsieur Bouygues ou Monsieur Le Lay.
  • MP: Absolument pas! Ils ont signé un contrat que j’aurais pu vous montrer et qui dit: «Vous continuez l’émission dans les mêmes conditions que par le passé, d’indépendance et de choix des sujets». Cette phrase capitale, je l’exigeais parce que je savais qu’avec une maison privée qui n’avait pas l’habitude de l’audio-visuel, il fallait que cette phrase soit présente. Donc là, il n’y a aucune ambiguïté possible!
  • J1: Michel Polac, à propos de vos relations avec Monsieur Bouygues. Vous avez dit ce matin sur Europe1: «Au fond, je suis peut-être le bouffon du roi» Alors apparemment, vous ne faites plus rire du tout Monsieur Bouygues et il vous coupe la tête. Est-ce que ce n’est pas la règle du jeu lorsqu’on est le bouffon du roi?
  • MP: Ah non! Ça, mon cas personnel, bien sûr, moi j’ai joué le jeu! Je sais que je fais un métier à risques et qu’on peut me couper la tête un jour. Mais ce qui est grave, c’est pour les téléspectateurs. Voilà une émission qui bat des records d’audience. C’est l’émission qui fait le plus d’audience à une heure tardive et ces temps-ci on m’avait retardé!
  • J2: Ben je peux vous dire pour l’audience du 1er semestre 1987, Enquête Médiametrie, vous faites en moyenne, sur six mois, 3 millions 220 mille.
  • MP: C’est pas mal hein?!
  • J2: C’est bien!
  • MP: Alors…
  • J2: En quinze ans en plus!
  • MP: Alors, c’est là où c’est grave! Que moi je subisse les aléas de mon métier, bon, je prends des risques, c’est comme un capitaine de bateau, il peut y avoir naufrage. Mais là, c’est 3 millions et demi de personnes et beaucoup plus en réalité, qui regardent, qui sortent frustrés de cette émission. Alors, c’est la liberté d’expression, c’est la télévision libre, c’est tout ça qui est en jeu là-dedans! C’est un peu léger qu’on prenne une décision comme ça!
  • J2: Alors, pour compléter cette information sur ce qui va devenir rapidement «L’affaire Polac» L’entretien, l’interview maintenant. Monsieur Le Lay s’est exprimé sur cette affaire. Ecoutons-le.
  • PL: Il est allé trop loin dans l’entreprise. Dans l’émission «Droit de Réponse» dont Michel Polac a des responsabilités, puisqu’il est producteur sur TF1. Il n’est pas journaliste, il est producteur. Il a dépassé ce que nous estimons: «Les bornes admissibles».
  • J3: Aucune pression extérieure?
  • PL: Aucune pression extérieure! Et je veux bien préciser que la décision prise à l’encontre de Michel Polac! c’est une décision disciplinaire! Lorsqu’il avait débattu sur la CNCL pour le problème des fréquences, il avait dépassé les bornes. Je crois qu’un espace de liberté est une chose. Mais ce n’est pas un espace où l’on peut pratiquer l’injure et la diffamation.
  • J3: Voilà et pour être complet, vous avez vous-même, licencié certains de vos collaborateurs qui n’étaient pas d’accord avec vous.
  • PL: Non, non, non, je n’ai pas le pouvoir!
  • J3: Vous les avez mis dehors!
  • PL: Je ne suis pas patron!
  • J3: Vous leur avez dit «Je ne veux plus travailler avec vous»!
  • PL: Ah ben ça! Je leur ai dit. Mais ça je crois, je ne suis pas le seul…
  • J3: Ben un patron, il fait la même chose avec vous?!
  • MP: Mais oui. Mais ce n’est pas ça que je lui reproche! Ce que je lui reproche, c’est un certain nombre de choses. Petit détail, je suis journaliste. Je le suis maintenant depuis plusieurs années. J’ai ma carte et je suis producteur et journaliste de mon émission. Mais c’est un détail. Mais je ne lui conteste pas le droit de me ficher à la porte. Mais c’est pas le problème. Le problème ce sont les raisons pour lesquelles il me fiche à la porte. Que j’aie fait une émission sur la maison Bouygues et il ne supporte pas? Et que je laisse critiquer la CNCL comme dans les autres journaux il ne supporte pas? Ça veut dire qu’on a pas le droit de critiquer la CNCL? Qu’on n’a pas le droit de critiquer TF1? Et qu’on a pas le droit de critiquer Bouygues?! C’est grave! C’est des sujets importants quand même!
  • J2: Alors pour terminer, Michel Polac, parce que l’heure tourne et que nous avons d’autres sujets. On vous a fait des propositions sur d’autres chaînes?
  • MP: Ben écoutez, ça c’est produit hier soir à 19h00. Le téléphone a sonné et je reconnais qu’il y a eu déjà des propositions de deux chaînes de télévision. Ça va vite, vous voyez!
  • J2: Dont une de service publique?
  • MP: Dont une de service publique effectivement.

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