histoire de la télévision – 21 – la concurrence 4

Concurrence: acte IV

Les grands changements


 

1989, les rapports du Pouvoir avec le secteur privé ne sont pas spécialement au beau fixe concernant la télévision. La Cinq et M6 qui recoure à une programmation très américaine, sont dans le collimateur des ministres. Ceux-ci veulent imposer, aux heures de grandes écoutes, des quotas d’oeuvres françaises.

Jacques Lang: «Cela dit, il faut un minimum d’honnêteté. Lorsqu’on prend un engagement, on le tient. Chacun des candidats à la direction de ces chaînes s’étaient engagés à consacrer une part très importante de leurs investissements et de leurs programmes à des émissions culturelles, à la création d’oeuvres originales.»

Jacques Boutet, président de la CSA: «La Cinq était une chaîne, qui, contrairement à ce que Robert Hersant avait dit, quand on le lui avait confiée, ne faisait pas du tout une programmation familiale, pour les enfants, pour être vue par tout le monde, etc…mais s’était lancée dans une programmation très provocatrice.»

Carlo Freccero, président de la Cinq: «Il faut savoir aussi que la Cinq commence à comprendre des choses, à comprendre la télévision. Il faut savoir ça! Il faut savoir aussi que la télévision américaine qui produisait son papier. Et quand je regarde l’audience, bon c’est vrai, c’est nul! Mais ça fait de l’audience! Moi, avec mes programmes que je vais faire, je vais pas faire de l’audience. Il commence à être réaliste, il commence à accepter les principes de la réalité. Et alors avec peu de honte, Hersant doit accepter que la chaîne devienne américaine, qu’elle doit faire des séries.»

Jacques Lang: «Donc ces fameux quotas dont on a entendu parler, ne faisaient que traduire les engagements qui avaient étés pris par ces candidats à la direction de ces chaînes.»

La querelle sur les quotas se double d’une polémique à propos du nombre de chaînes. Devant les difficultés financières rencontrées par la Cinq et M6, Catherine Taska lance un pavé dans la PAF en déclarant qu’il y a une chaîne privée de trop.

Jacques Lang: «D’abord, très franchement, je cautionnais cette déclaration. Elle a eu le courage de la faire. On a dit: «maladresse», peut-être. Mais elle a dit la vérité!»

Jacques Rigaut, Compagnie luxembourgeoise de télé-diffusion M6: «Alors, dans la bouche de Catherine Taska ou de Jacques Lang, selon le moment, c’était le thème général et c’était qu’il y avait une chaîne de trop. Mais selon les moments, c’était une attaque anti-Hersant. Mais de plus en plus, surtout à partir du moment ou la Cinq a eu des difficultés, suivez mon regard, était dirigé vers la 6.»

Catherine Tasca: «C’était quand même difficile de désigner celui à qui on allait couper la tête en premier.»

Jacques Rigaut: «C’était désagréable. Faire de la télévision dans des conditions pareilles!»

Malgré l’audience des séries américaines, la Cinq approche les 2 milliards de déficit. Robert Hersant est aux abois. Il reproche à Silvio Berlusconi, principal fournisseur de la Cinq, de vendre trop cher ses programmes. De son côté. L’Italien estime qu’Hersant gaspille l’argent de la chaîne avec une information qui ne rapporte pas de publicités. La méfiance faille. Secrètement, Berlusconi essaie de négocier une alliance avec Bouygues. Une entente qui déboucherait sur un mariage de TF1 avec la Cinq.

Carlo Freccero: «Comment j’ai cherché un accord pour que la maison Bouygues accepte un accord avec Berlusconi? Très simple! D’abord parce qu’il y avait, sur les plateaux du PAF, sur la table du PAF, il y avait nos chances. Il fallait couper la tête de la Cinq.»

Patrick Le Lay: «Alors moi, tout ce qui pouvait déstabiliser la Cinq, vous pensez bien que je sautais sur toutes les occasions qui se profilaient. Donc j’avais fait un travail, comment dirais-je, psychologique, de désir propre, pour démobiliser le groupe Berlusconi par rapport à son associé Robert Hersant. Et ils étaient en conflit, d’ailleurs. Moi, je me souviens avoir rencontrer plusieurs fois Robert Hersant, parce que je le voyais. Il me disait: «Je suis catastrophé, j’ai dépensé un argent fou et je ne fais que perdre!». Et Berlusconi le lui reprochait beaucoup. Seulement Robert Hersant avait aussi beaucoup à reprocher à Berlusconi, parce que Silvio Berlusconi il se promenait sans arrêt avec son, avec ce qu’on appelle, «son catalogue

Carlo Freccero: «C’est le trésor de guerre de Berlusconi. Parce que dans une chaîne de programme, il faut la loi, les succès de la Une, des films américains premier passage, en première diffusion. C’est vraiment très important!»

Patrick Le Lay: «Et lui, il se disait: «Il faut que j’arrive à continuer à vendre mon catalogue!» Donc c’était vraiment un poker-menteur. Parce que moi j’essayais de le séduire en lui disant «Vous serez beaucoup mieux dans la Une, ça va gagner beaucoup d’argent.» et il se disait: «Je vais arriver à lui fourguer mon catalogue à la sortie.» Bon! Et il y avait des discussions à n’en plus finir. Alors, moi je lui ai dit: «Je veux bien, mais je veux le voir.» il ne le montrait jamais, c’était du plus haut comique! On ne voyait jamais son catalogue! On ne pouvait jamais à voir son catalogue! Il disait «C’est formidable, vous pouvez l’acheter les yeux fermés!» Je lui dis «Non, je ne veux pas l’acheter les yeux fermés!» Mais finalement, c’est lui qui est plutôt venu que nous. Il est même venu, il a même acheté un moment des titres de Bouygues, il a été au Conseil de l’administration du groupe Bouygues, de tout ce qui l’amenait chez nous le dessoudais de l’autre.»

Les discussions traînent avec TF1, l’accord ne se fait pas.

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