– Histoire de la TV – 26 – Vouillamoz4

Raymond Vouillamoz: partie 4

Point de vue d’un Suisse sur la concurrence française.


Jacques Mouriquand: «La personnalité, la présence d’Hervé Bourges, c’est le rappel pour la France de la relation politique de la télévision de service publique. Est-ce que vous auriez quelques mots?»

Raymond Vouillamoz: «Ben, c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis rentré, parce que je me sentais, si vous voulez, ce qui m’a énormément frappé, non pas à la Cinq, qui elle, était indépendante, mais sitôt que je suis rentré dans le service publique, malgré l’immense qualité d’Hervé Bourges et de toute que son équipe, c’était une équipe professionnelle et même totalement intègre sur le plan politique. Mais on était dans le cercle du pouvoir et je me croyais vraiment à la cour de Louis XIV.»

Jacques Mouriquand: «C’est quoi, le cercle du pouvoir, parce que c’est une image et tant qu’on ne la pas vue ou qu’on ne l’a pas effleuré…»

Raymond Vouillamoz: «Et ben là, je l’ai vécu! C’est-à-dire que les ministres vous téléphonent en disant: «Cher ami, je viens de lire un scénario absolument superbe. Soyez gentil. Je ne vous demande rien, mais soyez gentil de le lire etc..» Et quinze jours après, vous avez les services du ministre qui rappellent: «Est-ce que vous avez le scénario? Quand commence la production? etc..», des producteurs qui venaient me voir et qui me disaient: «Bon ben là, j’ai deux projets à te proposer: celui-là et puis l’autre. Il y a même pas besoin d’en parler, parce que le ministre est déjà d’accord!» Et là, je dis: «Non, mais attendez-là!..»»

Jacques Mouriquand: «Il vous a proposer des premiers rôles féminins dans le même registre?»

Raymond Vouillamoz: «Pas sur le plan politique, mais sur le plan des producteurs, oui.

Mais, en revanche, il y avait souvent de jeunes filles, généralement jolies, très intelligentes, qui sortaient de l’ENA, qui avaient fait des stages à l’Elysée et qui étaient placées dans les chaînes, oui.

Pour un Suisse, c’est un monde sidérant! Et en même temps, il y a un respect de la hiérarchie qui me… Quand je suis rentré à France3, comme directeur de programmes, personne ne me connaissait à France3. Parce que c’était, à l’époque, une certaine sorte de chaîne faite presque que de fonctionnaires. C’était presque très très dur à remuer tout ça! Mais je vous promets qu’à la première réunion…

Moi j’imaginais à Genève, un type parachuté de Paris qui arrive là! Mais il se fait jeter de la tour!

Et bien là, à la première réunion le lundi matin, la direction, la réunion que je dirigeais, c’était en été, si je leur avais dit qu’il neigeait, personne n’aurait osé me contredire. Il y a une sorte de respect comme ça, de peur, de peur du pouvoir. Et c’est une chose qui ne convenait pas, à mon sens un peu naïf de la démocratie. Je trouve qu’on pratique beaucoup mieux en Suisse, où même les chefs sont contestés. On admet pas…»

Jacques Mouriquand: «Cette verticalité-là!»

Raymond Vouillamoz: «Oui! elle n’est pas… elle ne passe pas! Y compris chez les gens qui n’ont pas de responsabilités. Ils osent tout le temps contester en disant: «Non, là tu déconnes!» En Suisse, il faut s’imposer par ses idées et non pas par sa position hiérarchique. Et je trouve que ça, c’est une qualité!»

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