– Histoire de la TV – 28 – Vouillamoz6

Raymond Vouillamoz: partie 6

Point de vue d’un Suisse sur la concurrence française.


Jacques Mouriquand: «Si vous deviez mettre en parallèle les objectifs des services publiques, avec votre expérience suisse et française, quels points communs, quelles divergences profondes vous auriez à nous rappeler?»

Raymond Vouillamoz: «Bon, le point principal, c’est l’autonomie des programmes.

En Suisse, les pressions politiques existent aussi. La direction générale tient lieu de para-tonnerre. Il faut vraiment des affaires très graves ou très fortes pour que même les directeurs des programmes soient obligés de prendre, dans les régions, des décisions sur ce plan-là! Parce que nous sommes protégés par l’éclatement du pouvoir, à la fois dans les cantons et à Berne. Et tout ce qui vient de Berne, en tout cas de mon temps, est bien protégé par la direction générale.

Ce qui n’est pas le cas en France. Maintenant, il n’y a même plus de para-tonnerre du tout, puisque les directeur des radios et des télévisions du service publique sont nommés directement par le pouvoir. Ça toujours été le cas. Mais maintenant, c’est Sarkozy lui-même qui les nomme et qui signe les engagements! Ce qui est pour moi, totalement absurde. Ça c’est un point de départ: une différence énorme, énorme!

Parce que, même si vous êtes totalement intègre, ce que sont la plupart des dirigeants actuels des chaînes françaises; quand vous êtes nommé par le pouvoir, vous êtes forcément suspecté. Parce qu’ils soient les plus honnêtes possible, qu’ils aient pris une décision parce qu’ils ont reçu un coup de téléphone de l’Elysée et qu’ils ne sont peut-être même pas sûrs! Donc c’est une situation absurde!»

Jacques Mouriquand: «Confère le licenciement de ces deux humoristes…»

Raymond Vouillamoz: «Voilà! On ne saura jamais…»

Jacques Mouriquand: «On ne saura jamais…»

Raymond Vouillamoz: «On ne saura jamais si c’est une décision de la direction de Radio-France ou si c’est une décision de Sarkozy. Enfin, on le saura peut-être un jour et que…»

Jacques Mouriquand: «Dans les bonnes feuilles du Canard..»

Raymond Vouillamoz: «Oui peut-être, ou dans les mémoires. Donc ça, c’est la différence essentielle.

L’autre différence, comme je l’ai déjà dit, contrairement à la Suisse, et notamment la Suisse-romande, c’est qu’on perd très vite l’habitude de ce qu’est la concurrence. Et je le disais à mes amis français: «Vous êtes un pays arriéré!» Ils me regardaient comme ça, parce qu’ils sont très très, nos amis français sont très sûrs, et je leur disais: «Non, mais vous n’avez que cinq-six télévisions. Nous, notre concurrence elle est de quinze – seize chaînes (à l’époque) en français. Donc on doit se battre!»

Et l’autre différence est qu’on a appris, je crois, à faire à la fois, une télévision qui respecte son public et qui respecte ce qu’est le service publique. Mais en même temps, une télévision qui est préoccupée par l’audience car, quoi qu’on en dise, il y a un grand danger pour les chaînes qui n’ont pas d’audience!»

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