– Histoire de la TV – 32 – Vouillamoz10

Raymond Vouillamoz: partie 10

POINT DE VUE D’UN SUISSE SUR LA CONCURRENCE FRANÇAISE.


Jacques Mouriquand: «Il n’y a pas, dites-vous, sur le Net, d’analyses ou de contextualisation faites.»

Raymond Vouillamoz: «Non, il y en a, mais elles ne sont pas fiables. C’est comme les blogs. Il y a des blogs extraordinaires de types qui ont beaucoup réfléchi sur la matière dont ils parlent. Mais vous avez des idioties énormes! Quand vous n’êtes pas spécialiste, et on ne peut pas être spécialiste sur tout, le rôle d’un journaliste est précisément de prendre l’avis des spécialistes et d’en donner un point de vue le plus honnête et objectif possible! Mais toujours par rapport à quelque-chose!

C’est-à-dire que ce qui est intéressant dans le journalisme suisse, c’est le point de vue que c’est le télé-journal suisse, et que ça vous donne le point de vue de la Suisse sur les événements. Si vous n’avez plus ce point de vue, vous avez un grand danger démocratique. Parce que par exemple, vous n’aurez jamais, sur Internet, des débats et des synthèses comme après des élections fédérales comme vous les avez à la radio et à la télévision. Je pense que la télévision est un des instruments pour sauver la démocratie. Ce que les hommes politiques suisses n’ont pas encore beaucoup compris. Et sauver la culture suisse aussi!»

Jacques Mouriquand: «Développez en deux mots: «sauver la démocratie.»»

Raymond Vouillamoz: «Supposons que la TSR, pour des raisons ou politiques ou financières économiques, disparait, ainsi que la radio suisse-romande! Qui va faire des campagnes électorales? Qui va transmettre le tissu démocratique? Plus personne! Ce n’est pas TF1 qui va faire des débats à Cossonay! Et c’est tout juste si il donne des résultats et personne ne sait, personne ne comprend, en France, comment est dirigée la Suisse.

Même les chefs d’Etat se trompent de noms quand ils serrent la main des dirigeants suisses. Donc, tout ce tissu, toute cette relation de service publique entre le monde politique suisse, entre le monde économique suisse et la Suisse-romande, dépend des grands médias suisses. Et c’est la même chose pour les journaux! Les journaux sont en danger…»

Jacques Mouriquand: «Ils sont plus qu’en danger!»

Raymond Vouillamoz: «Ils sont plus qu’en danger les journaux! Si il n’y avait plus de quotidiens régionaux en Suisse, je considèrerais ça comme une catastrophe majeure pour la démocratie!»

Jacques Mouriquand: «Et cette responsabilité civique, le politique, en Suisse vous dites, n’en a pas pleinement la mesure?»

Raymond Vouillamoz: «Non! Parce que je pense que le politicien suisse, lorsqu’il est invité plus longuement et généralement, avec moins de contradictions dans les chaînes régionales, il pense souvent que son exposition dans les télévisions régionales suffisent. Or ce n’est pas vrai! Parce que ce qui a fait la force de la radio et ensuite de la télévision, c’est le fait de nous faire prendre conscience que nous n’étions pas que genevois ou valaisan. Mais que nous faisons partie d’un ensemble plus grand! Premièrement la Suisse-romande, et deuxièmement de la Suisse entière. D’ailleurs, au début de la TSR, la politique suisse n’était pas du tout traitée d’une manière aussi exhaustive qu’aujourd’hui.»

Jacques Mouriquand: «Et si on vous le proposait, vous accepteriez le cas échéant, d’être l’intermédiaire capable d’établir un dialogue entre le monde des médias et le monde politique ? Car vous semblez dire que c’est une question de dialogue qui ne s’établit pas.»

Raymond Vouillamoz: «Oui mais mes camarades au pouvoir aujourd’hui à la TSR, c’est pas faute d’essayer! Et puis les dirigeants de la SSR ont toujours essayé ça! Sur le plan culturel aussi!

Il y a une méconnaissance du monde politique suisse. Et pour le cinéma, c’est la même chose! L’aide au cinéma en Suisse, par rapport à la manière dont on aide l’industrie du fromage, est parfaitement ridicule! Pour obtenir 500 millions de plus, il faut, qu’est-ce que je dis, 500’000 frs de plus, c’est des années de lutte auprès des députés.»

Jacques Mouriquand: «Inculture? Mépris? Quel mot?»

Raymond Vouillamoz: «Méconnaissance! Méconnaissance qu’aujourd’hui, la culture et le divertissement sont des véhicules très importants pour faire vivre une démocratie.»

*Documentaire à voir!

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