– histoire de la TV – 33 – le doc

Le temps de cerveau disponible.

LE DOCUMENTAIRE:

Dans les années 80, la télévision française explore et dévoile l’intimité : «Psy Show, Perdu de vue et autres émissions» franchissent le premier pas pour exploiter le voyeurisme des téléspectateurs. Avec la privatisation de TF1 et l’arrivée de M6, la recherche d’audience va rapidement mener à exploiter le potentiel de la télé-réalité.

Le temps de cerveau disponible.

Un documentaire de Chrsitophe Nick et Jean-Robert Viallet

Ecrit et produit par Christophe Nick, réalisé par Jean-Robert Viallet, ce documentaire passe à la loupe les programmes de divertissement depuis les années 80, prenant à témoin, penseurs et autres sociologues des médias. Il est un contrepoint au «Jeu de la mort».

Bien avant la télé-réalité, c’est la libération des ondes en France en 1984 qui ouvre la boîte de Pandore. Viallet et Nick rappellent que les donneurs d’ordre ne sont plus les pouvoirs publics mais des «pouvoirs actionnariaux», qui veulent séduire à tout prix des téléspectateurs-consommateurs. Les cibles marketing: des ménagères de moins de cinquante ans. En leur offrant «la promesse d’une transgression des tabous», en annihilant leur capacité à prendre de la distance. Les «reality show» des années 80 (de «Psy Show» sur Antenne2 à «L’amour en danger» sur TF1) excitent nos pulsions les plus basses en mettant en scène l’intime, le conflit familial et l’humiliation.

A la fin des années 90, en réponse à une crise du divertissement, «Le maillon faible» (TF1), format apporté par la BBC et dont le ressort est «l’élimination de l’homme par l’homme», prépare le terrain pour l’avènement de la télé-réalité au début des années 2000. Et c’est l’effondrement de la bulle Internet, qui va pousser M6 à franchir le pas en acquérant les droits de «Big Brother». Au printemps 2003, TF1, dont le cours en Bourse est toujours en chute libre, s’engouffre dans la brèche avec «Secret Story».Désormais, la télé encourage le passage à l’acte et surfe sur le narcissisme, la cupidité, le sadisme ou le cynisme, pour accroître son audience et prendre le contrôle sur nos comportements d’achat, sans vergogne. La fameuse phrase de Patrick Le Lay, l’ex-PDG de TF1, «Ce que TF1 vend à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible», prend tout son sens. Stiegler parle, lui, de «temps de cerveau sans conscience».

Rien de nouveau sous le soleil ? En fait si. Parce que la télé-réalité s’est banalisée. A un point tel que pour parvenir à capter encore un public qui intègre ces transgressions comme des normes valables, les chaînes doivent aller toujours plus loin. A l’écran, cela se traduit par une dissection de cadavre le samedi soir sur Channel 4. De quoi exciter cette fois notre pulsion de mort. «On est arrivés à un point de l’histoire de l’humanité extrêmement inquiétant, qui prône l’exploitation des pulsions», met en garde une nouvelle fois Bernard Stiegler. «Etre civilisé, c’est ne pas aller au bout de ses pulsions.» Et être capable, comme l’explique Freud, de différer la satisfaction de ses pulsions, de les transformer en investissement social.

«Faut-il laisser la télé continuer à exploiter la pulsion comme un automatisme qui conduit au crime? Si les Français ont le sentiment d’avoir perdu leur identité, ce n’est pas à cause des Maghrébins, des Africains ou des Asiatiques qui s’installent en France, c’est parce que le marketing les a privés de leur culture, c’est parce que les parents n’ont plus de rapport à leurs enfants, c’est parce que les profs ne peuvent plus concurrencer la télé, qui capte l’attention beaucoup plus efficacement qu’eux!» La pensée du philosophe Bernard Stiegler nous emmène loin dans «Le temps de cerveau disponible», une réflexion aussi passionnante qu’inquiétante autour de la télé-réalité qui va: «susciter artificiellement le sordide, flatter les penchants les plus scabreux, les plus grégaires chez le téléspectateur».

Extrait du documentaire:
Valérie Patrin-Leclère: «Quand Patrick Le Lay en 2004 dit: «Ce que TF1 vend à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible», effectivement, il change la donne. C’est-à-dire que pour la première fois, le patron d’une grande chaîne de télévision, qui est la chaîne principale en France et en Europe à ce moment-là, va admettre que la logique économique prime sur une logique culturelle, qui apparait donc après tout, comme pseudo-culturelle et donc juste un prétexte pour remplir d’argent les poches de la régie publicitaire.»

Bernard Stiegler: «Pourquoi Le Lay a fait ce scandale avec ce «temps de cerveau disponible», qu’est-ce que ça veut dire: «temps de cerveau disponible»?! Même les gens qui n’ont pas pris le temps de réfléchir comprennent au moins de manière intuitive, que ça veut dire: «le temps de cerveau sans conscience».»

Valérie Patrin-Leclère: «La publicité, dans la perspective de l’annonceur, ne doit pas apparaître forcément comme telle. Elle doit s’immiscer dans le programme. Elle ne doit pas arriver comme un cheveu sur la soupe parce qu’autrement, il y a effectivement un risque de rejet, surtout dans une période où les mouvements de publiphobies sont de plus en plus virulents. On a une tolérance moins grande par rapport à la publicité. Il faut qu’elle s’intègre dans la production médiatique, qu’elle fasse médias. Et c’est une des immenses qualités de la télé-réalité. Dans la télé-réalité, on n’a pas de rupture sémiotique entre ce qui relève de l’éditorial et de ce qui relève du publicitaire.»

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